Le lendemain, le désert a changé de visage.

Nous longeons les rives du lac Khyargas, entre longues montées et longues descentes. Cette fois, nous n'attendons pas. Après quelques dizaines kilomètres, nous quittons la route. Le lac n'est plus qu'à quelques centaines de mètres.
Notre thermomètre affiche 43 °C.
Nous tendons la tarp pour avoir un peu d'ombre, puis nous courons vers l'eau.
L'eau est fraîche, et le sel nous porte.
Nos corps deviennent soudain plus légers, comme si la fatigue des derniers jours se dissolvait peu à peu dans le lac.
Nous restons là à flotter.
Puis nous reprenons la route, jusqu’au prochain point d’eau. Soulagés de le rejoindre avec la chaleur.
Nos corps deviennent soudain plus légers, comme si la fatigue des derniers jours se dissolvait peu à peu dans le lac.
Nous restons là à flotter.
Puis nous reprenons la route, jusqu’au prochain point d’eau. Soulagés de le rejoindre avec la chaleur.
Soudain, les rochers nous interpellent. Nous avons souvent l'impression de marcher sur la terre. Ici, c'est comme si la terre se dévoilait sous nos pieds. Le sable s'est retiré, révélant des reliefs rouges aux formes étonnantes, comme un monde longtemps resté caché. Des silhouettes qui semblent sculptées par le vent depuis des milliers d'années.
Nous partons les explorer quelques instants. Ici, il n'y a personne. Pas une voix. Seulement le vent. Et cette sensation étrange d'être seuls au monde. Nous aimerions rester davantage. Mais le sable est trop profond pour installer le camp.
Nous poursuivons jusqu'au dernier col.
Puis nous quittons une nouvelle fois la route. À l'aveugle. Quelques centaines de mètres plus loin, les même formations apparaissent de nouveau. Nous avons l’impression qu’elle ne sont rien que pour nous.
— Ça, c'est ce que j'appelle un spot de camping ! s'exclame Xavier.
Nous installons la tente surplombant le panorama du lac. Autour de nous, quelques saxauls dorés dessinent leurs silhouettes noueuses dans cette terre aride. Et les falaises plongent à nos pieds.
Le soleil descend lentement.
Le lendemain, nous nous réveillons devant un spectacle que nous n'oublierons jamais.
Impossible de ne pas sourire devant cette impression que, parfois, la vie sait composer des instants plus beaux que tout ce que nous aurions pu imaginer.
Pendant que nous rangeons le camp, Nayla et Fibie chantent à tue-tête. Le désert leur sert de scène.
Depuis plusieurs jours, nous observons des pygargues à queue blanche, des aigles royaux et des faucons sacres. Ils planent au-dessus de ces immensités avec une aisance qui semble défier le vent.
Nous reprenons la route.
Au loin apparaissent enfin les premières maisons de Naranbulag. Un petit hameau perdu au milieu de rien, avec en arrière fond, les montagnes enneignées de Harhiraa Uul du parc national de Turgen. Les 250 kilomètres sont désormais derrière nous.
Pourtant, rien ne change. La route continue de s'étirer jusqu'à l'horizon. Le vent souffle toujours. Le rayonnement est toujours aussi intense. Malgré les neiges éternelles, cette terre aride ne connaît ni arrivée ni ligne d'arrivée. Elle demande simplement d'être traversé.
Alors nous continuons. Parce qu'ici, un vent de dos est un cadeau que l'on accueille sans hésiter.
Puis, peu à peu, la chaleur devient presque irréelle. L'air semble immobile. Notre souffle devient plus court. Nous roulons au milieu d'une véritable fournaise.
Puis apparaissent les premières yourtes. L'herbe est de retour. Quelques chevaux paissent tranquillement. Nous demandons l'autorisation de planter notre tente.
Le lendemain matin, deux nomades s'installent près de nous. Nous partageons le café. Eux nous offrent du lait de chèvre tout juste trait.
Nous reprenons alors la route avec deux litres de lait suspendus aux vélos. Après le col, les paysages changent une nouvelle fois. Les collines rouges réapparaissent.
Une longue descente à travers ces monts minéraux nous conduit jusqu'à la première rivière depuis plusieurs jours. Son eau est brune, chargée de terre par les orages et les troupeaux. À ses côtés poussent quelques saules. Leur ombre nous devient un luxe. Nous nous y arrêtons. Depuis des jours, nous n'avions plus entendu le bruit des feuilles dans le vent.
D'immenses camions croisent notre route, chargés de moutons qui débordent de chaque côté.
Puis apparaissent les premières maisons d'Ulaangom.
Le soir, alors que nous repensons à cette traversée, Fibie me regarde et me lance avec le plus grand naturel :
— Tu vois, Maman… tu n'avais même pas besoin de t'inquiéter pour l'eau. C'était facile !
Je souris.
Céline, Xavier, Nayla et Fibie
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