Nous franchissons enfin le col. Au sommet, un petit lac repose, immobile, comme une dernière respiration avant Tsagaannuur, le dernier village mongol avant la frontière de l'Altaï russe. Le ciel s'assombrit brusquement. En quelques minutes, le vent se lève avec une violence inattendue. Les rafales frappent les vélos de côté et arrachent presque le guidon de nos mains. Il faut se pencher, lutter, corriger sans cesse la trajectoire. Je regarde Fibie. Au milieu de cette immensité, elle paraît si petite. Une enfant de huit ans qui s'accroche à son guidon tandis que le vent descend des montagnes comme s'il voulait nous repousser. Autour de nous, il n'y a plus que de la roche. Des montagnes nues, des couleurs de sable, d'ocre et de gris. Pas un arbre. À plus de 2 300 mètres d'altitude, le paysage semble avoir été débarrassé de tout. Lorsque les premières maisons apparaissent enfin, nous apercevons Tsagaannuur. Le village ressemble à un poste avancé posé au bout du...
Le route asphaltée s'arrête à Ulaangom. Sur la carte, la suite n'est plus qu'un fin trait gris qui serpente vers Tsagaannuur, à la frontière avec l’Altaï russe. Deux cent cinquante kilomètres de piste. Plusieurs cols dont le plus grand à plus de mille mètres de dénivelé. Une plaine à la chaleur torride. Trois rivières qui se divisent en plusieurs bras. Une vallée encaissée et tous nous parle avec le même sourire : ça va secouer. Nous déroulons la carte sur la table de la famille qui tient le petit hotel où nous restons. Ils nous ont accueilli comme si nous étions des leur. Le père est chasseur. Il connaît ces montagnes comme sa poche. Nous lui faisons entièrement confiance. Son doigt suit la piste. Il s'arrête au col. Puis au premier lac. Puis à la rivière. — « Là... parfois l'eau arrive jusque-là. » Il pose sa main sur son ventre. Nous échangeons un regard avec Xavier. La rivière, nous l'avions déjà repérée sur la carte. Mais nous attendions une confirmation d’...