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Le théâtre du ciel

Un homme nous fait signe depuis le bord de la route. Nous nous arrêtons devant une petite bâtisse en béton qui fait office de cantine. À l'intérieur, trois lits occupent une partie de la pièce. Un poêle chauffe doucement et, au-dessus, une casserole de thé au lait mijote lentement.  Nous nous installons. Le thé est servi avec des beignets encore chauds. Les filles se régalent. Notre hôte tente ensuite de nous apprendre quelques mots de mongol. Nous répétons tant bien que mal. Les éclats de rire se succèdent. Très vite, la conversation dérive vers les animaux. Nous imitons les chèvres, les chevaux, les yaks. Les sons ne sont manifestement pas les mêmes qu'en Europe. Les filles rient aux larmes. Quelques heures plus tard, nous reprenons notre route avec des boules de yogourt séché, les arurts. Puis plantons la tente au milieu de nulle part. Cette fois, nous sommes heureux d'avoir transporté suffisamment d'eau. Chaque litre compte. Les réserves occupent une place grandissa...
Articles récents

Quand l’immensité devient l’enseignant

D'étonnantes formations rocheuses apparaissent au loin. Rondes, empilées les unes sur les autres, elles ressemblent à d'immenses piles de galets déposées au milieu de la vallée. Elles donnent du caractère au paysage et attirent immédiatement notre regard. Depuis quelques jours, les filles s'interrogent sur les nombreuses carcasses que l'hiver a laissées derrière lui. Un crâne de cheval blanchi par le soleil. Les os d'un mouton éparpillés dans l'herbe . L'odeur d'une dépouille que le vent porte jusqu'à nous. Au début, elles détournaient le regard. Aujourd'hui, elles s'arrêtent, observent et posent des questions. Dans les steppes, la vie et la mort cohabitent simplement. Les troupeaux paissent à quelques mètres d'animaux qui n'ont pas survécu à l'hiver . Peu à peu, ces traces deviennent elles aussi des éléments du paysage, au même titre que les pierres, les montagnes ou les bouteilles de vodka abandonnées que l'on découvre parfo...

L’école des horizons

Le ciel s'étend au-dessus de nous, vaste, infini. Pourtant, nous sommes épuisés. La piste a puisé dans chacune de nos réserves. Chaque kilomètre a demandé de la patience. Chaque montée a semblé plus longue que ce qu'elle laissait imaginer. C'est peut-être cela que la Mongolie fait de plus remarquable. Elle ne se laisse pas simplement visiter. Elle se vit. Peu à peu, elle vous absorbe dans son rythme. Les distances deviennent réelles. L'eau que l'on trouve, le lieu où l'on plante la tente, la météo qui change sans prévenir : tout reprend soudain une importance essentielle. Une fois plongé dans les steppes, on n'en sort plus à sa guise. Il n'y a pas de refuge au prochain virage. Pas de raccourci confortable. Pas de parenthèse lorsque le vent se met à souffler avec la force d'un élément qui règne ici depuis toujours. Pendant plusieurs jours, nous sommes entièrement dépendants de ce que nous transportons, de ce que nous trouvons, et de ce que la terre...

Grandir dans un monde où les frontières sont des horizons

À Kharkhorin, les sensations ont le goût des retrouvailles. Derrière les ger apparaissent les murs du monastère d'Erdene Zuu. Les 108 stupas blancs se dressent sous le ciel mongol, et le vent souffle toujours avec la même liberté. Puis il y a ce visage. Celui qui nous avait accueillis douze ans plus tôt, lorsque l'hiver régnait sur les steppes et que le thermomètre affichait -30°C. Nous nous souvenons de la chaleur de cette ger, de la fumée du poêle, de cette impression d'être arrivés au bout du monde. Cette fois pourtant, tout est différent. La première fois, nous regardions la Mongolie à deux. Aujourd'hui, nous nous y abandonnons à quatre. Quelques jours de nourriture remplissent les sacoches. Vingt litres d'eau alourdissent les vélos. Puis vient ce moment familier : celui où il faut quitter ce qui est connu. Le village disparaît peu à peu derrière nous. Les clôtures s'effacent, puis les toits colorés. Quelques chevaux lèvent la tête avant de retourner à leur ...

Sous le ciel de Mongolie, huit ans après 

La Mongolie apparaît. Immense. Sauvage. Indomptable. Les reliefs apparaissent lentement sous la lumière du soleil, comme les traits anciens d’un visage. Une première yourte se dessine à l’horizon. Autour, l’infini des steppes. Lena et Claude nous attendent. Et soudain, l’émotion monte, les yeux brillent. Huit ans, déjà. Et pourtant, c’est comme si l’on s’était quitté hier. Lena a grandi. Elle a 20 ans désormais. Elle guide des motos à travers les steppes mongoles, et sait imposer sa voix. Claude est là aussi. Grand voyageur, charismatique, il est toujours animé par cette flamme. Nous retrouvons notre ami. Et puis, d’un seul coup, nous y sommes vraiment. En Mongolie. Par moments, l’odeur du mouton apparaît sans prévenir. Les yogourts portent le goût de la steppe, comme les senteurs d’armoise lorsque l’on marche. Les emballages inscrits en cyrillique réveillent des souvenirs de routes lointaines. On boit même du lait de chamelle, épais, délicieux, comme si nous étions déjà au c...

Sur des ailes de renouveau

La Corée se termine La Mongolie commence après. Entre les deux, il y a ce passage étrange où tout semble encore présent et déjà en train de s’éloigner. La Corée a été un souffle, une légèreté, une succession de paysages verts et de rencontres simples, comme si tout s’était accordé avec fluidité, porté sur des ailes de renouveau et de joie . Nous pouvions simplement nous laisser vivre. Il y avait des paysages vert vif, des montagnes élégantes, des passages au coeur des vallées et les vues aux sommets. Il y avait surtout une sensation d’être au bon endroit au bon moment, comme si tout se déroulait au-delà de nous, comme cette carte d’itinéraire saisie par hasard. Il y avait surtout cette douceur incarnée dans la piste cyclable et les lieux magiques où nous campions. Il y avait cette innocence et l’accueil simple de ce qui est. Nous sommes si bien ici, et même si nous savons que c’est le moment de rejoindre la Mongolie, quelque chose en nous a envie de rester, de prolonger cette douceur...