Le ciel s'étend au-dessus de nous, vaste, infini. Pourtant, nous sommes épuisés. La piste a puisé dans chacune de nos réserves. Chaque kilomètre a demandé de la patience. Chaque montée a semblé plus longue que ce qu'elle laissait imaginer. C'est peut-être cela que la Mongolie fait de plus remarquable. Elle ne se laisse pas simplement visiter. Elle se vit. Peu à peu, elle vous absorbe dans son rythme. Les distances deviennent réelles. L'eau que l'on trouve, le lieu où l'on plante la tente, la météo qui change sans prévenir : tout reprend soudain une importance essentielle. Une fois plongé dans les steppes, on n'en sort plus à sa guise. Il n'y a pas de refuge au prochain virage. Pas de raccourci confortable. Pas de parenthèse lorsque le vent se met à souffler avec la force d'un élément qui règne ici depuis toujours. Pendant plusieurs jours, nous sommes entièrement dépendants de ce que nous transportons, de ce que nous trouvons, et de ce que la terre...
À Kharkhorin, les sensations ont le goût des retrouvailles. Derrière les ger apparaissent les murs du monastère d'Erdene Zuu. Les 108 stupas blancs se dressent sous le ciel mongol, et le vent souffle toujours avec la même liberté. Puis il y a ce visage. Celui qui nous avait accueillis douze ans plus tôt, lorsque l'hiver régnait sur les steppes et que le thermomètre affichait -30°C. Nous nous souvenons de la chaleur de cette ger, de la fumée du poêle, de cette impression d'être arrivés au bout du monde. Cette fois pourtant, tout est différent. La première fois, nous regardions la Mongolie à deux. Aujourd'hui, nous nous y abandonnons à quatre. Quelques jours de nourriture remplissent les sacoches. Vingt litres d'eau alourdissent les vélos. Puis vient ce moment familier : celui où il faut quitter ce qui est connu. Le village disparaît peu à peu derrière nous. Les clôtures s'effacent, puis les toits colorés. Quelques chevaux lèvent la tête avant de retourner à leur ...