Les premiers bâtiments d’Ayagoz apparaissent. Cette petite ville marque une étape, la fin de notre progression plein sud. Après une longue portion de route neuve, nous sommes surpris par l’état des rues de la ville . Par endroit, de petites allées de terre serpentent entre d’anciens immeubles, dont les cages d’escalier sont restées brutes. Le contraste est saisissant. Nos corps sont fatigués. Nous avons enchaîné les longues journées à vélo, et notre visa expire bientôt. Pourtant le vent nous porte à travers les steppes. Nous volons littéralement à travers le paysage qui défile. C’est enivrant. Le vent devrait encore nous être favorable ces prochains jours. Nous pouvons enfin nous offrir une journée de repos avant la frontière, alors que nous pensions devoir pédaler sans relâche jusqu’au bout. Nous rencontrons Malnur, qui nous invite à manger dans un restaurant kazakh. Quel bonheur de retrouver une cuisine aussi généreuse ! Un incroyable plat de champignons à la crème, du poulet marin...
Il fait de plus en plus froid. Le soir, nous enfilons nos doudounes et nous réfugions dans la tente, tandis que la nuit tombe chaque jour un peu plus tôt. Heureusement, le vent nous pousse. Nous voici de nouveau dans les steppes dorées. Nos souvenirs de ces immensités sont teintés de longues traversées, parfois monotones. Pourtant, cette fois, quelque chose nous touche dans ces paysages, jusque dans leurs détails les plus discrets. Les ombres dessinées par les arêtes des montagnes, comme si la terre prenait vie. Le souffle du vent qui balaie les grandes herbes jaunes. L’odeur de l’armoise lorsque nous nous arrêtons pour manger. Peut-être que toute cette traversée depuis la Mongolie a transformé notre regard. Nous nous arrêtons désormais sur des détails qui nous auraient échappé autrefois : le rouge écarlate de quelques plantes, probablement des suédas salés, un aigle qui s’élance au-dessus de nous dans un vol majestueux, le bruissement de ses ailes, les bandes blanches de sel qui app...