Il fait de plus en plus froid. Le soir, nous enfilons nos doudounes et nous réfugions dans la tente, tandis que la nuit tombe chaque jour un peu plus tôt. Heureusement, le vent nous pousse. Nous voici de nouveau dans les steppes dorées. Nos souvenirs de ces immensités sont teintés de longues traversées, parfois monotones. Pourtant, cette fois, quelque chose nous touche dans ces paysages, jusque dans leurs détails les plus discrets. Les ombres dessinées par les arêtes des montagnes, comme si la terre prenait vie. Le souffle du vent qui balaie les grandes herbes jaunes. L’odeur de l’armoise lorsque nous nous arrêtons pour manger. Peut-être que toute cette traversée depuis la Mongolie a transformé notre regard. Nous nous arrêtons désormais sur des détails qui nous auraient échappé autrefois : le rouge écarlate de quelques plantes, probablement des suédas salés, un aigle qui s’élance au-dessus de nous dans un vol majestueux, le bruissement de ses ailes, les bandes blanches de sel qui app...
Cette fois, nous laissons les hautes montagnes de l’Altaï derrière nous, comme si on se disait au revoir. Elles nous auront attirés à elles dans une danse que nous n’aurions jamais pu imaginer. Leur murmure nous a guidés de la Sibérie jusqu’en Mongolie. Nous avons reçu leur souffle au Xinjiang, en Chine, avant d’effleurer leur énergie au Kazakhstan. Comme si, d’un territoire à l’autre, nous avions suivi le fil invisible d’un même appel. Nous aurions voulu rester encore, nous enfoncer davantage dans leurs replis, nous laisser envelopper par leur présence durant l’hiver. Mais la route nous emmène ailleurs. Nous entrons déjà dans Oskemen. Après les petits villages kazakhs, nous nous retrouvons plongés dans un tout autre univers. Les grandes avenues héritées de l’époque soviétique nous paraissent démesurées. Tout semble presque irréel après ces semaines passées au cœur des montagnes, dans des paysages où l’horizon n’avait plus de limites. Heureusement, au détour d’une petite ruelle, nous t...