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Les cols de l'Arkhangai se méritent

Le vent dort encore. Nous en profitons. À six heures du matin, la vallée est silencieuse. Les yaks broutent autour de la tente lorsque nous quittons notre bivouac . Les montagnes sont déjà là, immenses, mais elles semblent presque paisibles avant le réveil du vent. Car ici, il finit toujours par arriver. Avant midi. Parfois plus tôt. Souvent plus fort que la veille. Mais toujours présent. Depuis plusieurs jours, notre traversée de la Mongolie ressemble à un étrange dialogue avec lui. Nous roulons tôt. Lui finit toujours par nous rattraper. Puis nous passons le reste de la journée à négocier. Depuis Tsetserleg, les cols s'enchaînent. À chaque sommet, un ovoo veille sur la vallée suivante. Nous faisons une courte pause, observons l'horizon, puis replongeons dans un nouveau monde. Les montagnes semblent infinies. Les distances aussi. Un matin, nous profitons du calme pour parcourir vingt kilomètres avant le déjeuner. Puis nous repartons vers le col suivant. La montée s'étire ...
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Là où les mondes se rencontrent

Dans les petites agglomération quelque chose nous trouble. Ce n'est pas le paysage. Non, c'est une sensation plus difficile à saisir. Comme l'impression d'apercevoir les contours d'une autre Mongolie . Debout à l'angle d'un bâtiment, nous observons le marché. Les hommes en deel arrivent à moto, le visage tanné par le soleil et le vent. À quelques mètres de là, d'autres descendent de gros 4x4, smartphone à l'oreille et dernières tendances de la capitale dans leurs poches. Deux mondes se croisent. Les écarts de niveau de vie paraissent plus visibles qu'auparavant. Certains jeunes semblent davantage tournés vers Oulan-Bator que vers la steppe. Les familles nomades sont moins nombreuses. Et l'alcool laisse parfois des traces qu'il est difficile d'ignorer. La Mongolie se transforme. Les peuples nomades ont toujours su s'adapter. Aux saisons, aux empires, aux changements politiques. Pourtant, en traversant ces terres immenses, nous avo...

Une halte entre deux immensités

Ce matin, de fines traces de gelée recouvrent encore nos sacoches. Le soleil vient à peine de franchir les collines, mais le vent souffle déjà sur la steppe avec une froideur mordante. En sortant de la tente, nos doigts engourdis nous rappellent que malgré l'arrivée de l'été, les nuits restent rudes à près de 1'500 mètres d'altitude. Nous replions le camp lentement, un thé chaud entre les mains, avant de reprendre la route. Le vent est de face une fois encore. Il semble vouloir nous rappeler que rien n'est jamais acquis dans les steppes mongoles. Nous avançons lentement à travers les collines ondulantes. La piste grimpe, encore et encore, jusqu'à un nouveau col. Puis nous basculons de l'autre côté. Devant nous, les paysages s'ouvrent à nouveau. Mais le vent nous retient. Comme une main invisible posée sur nos vélos. Un immense chien surgit d'une yourte isolée. Il s'approche en courant, nous observe quelques instants, puis repart aussi soudainemen...

Le théâtre du ciel

Un homme nous fait signe depuis le bord de la route. Nous nous arrêtons devant une petite bâtisse en béton qui fait office de cantine. À l'intérieur, trois lits occupent une partie de la pièce. Un poêle chauffe doucement et, au-dessus, une casserole de thé au lait mijote lentement.  Nous nous installons. Le thé est servi avec des beignets encore chauds. Les filles se régalent. Notre hôte tente ensuite de nous apprendre quelques mots de mongol. Nous répétons tant bien que mal. Les éclats de rire se succèdent. Très vite, la conversation dérive vers les animaux. Nous imitons les chèvres, les chevaux, les yaks. Les sons ne sont manifestement pas les mêmes qu'en Europe. Les filles rient aux larmes. Quelques heures plus tard, nous reprenons notre route avec des boules de yogourt séché, les arurts. Puis plantons la tente au milieu de nulle part. Cette fois, nous sommes heureux d'avoir transporté suffisamment d'eau. Chaque litre compte. Les réserves occupent une place grandissa...

Quand l’immensité devient l’enseignant

D'étonnantes formations rocheuses apparaissent au loin. Rondes, empilées les unes sur les autres, elles ressemblent à d'immenses piles de galets déposées au milieu de la vallée. Elles donnent du caractère au paysage et attirent immédiatement notre regard. Depuis quelques jours, les filles s'interrogent sur les nombreuses carcasses que l'hiver a laissées derrière lui. Un crâne de cheval blanchi par le soleil. Les os d'un mouton éparpillés dans l'herbe . L'odeur d'une dépouille que le vent porte jusqu'à nous. Au début, elles détournaient le regard. Aujourd'hui, elles s'arrêtent, observent et posent des questions. Dans les steppes, la vie et la mort cohabitent simplement. Les troupeaux paissent à quelques mètres d'animaux qui n'ont pas survécu à l'hiver . Peu à peu, ces traces deviennent elles aussi des éléments du paysage, au même titre que les pierres, les montagnes ou les bouteilles de vodka abandonnées que l'on découvre parfo...