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Et si l’eau d’un pays nous transformait ?

  Six magasins et à peine un sourire. Nous finissons par en rire. Trouver ce qu’il nous faut devient une chasse au trésor, où quelques étincelles de spontanéité suffisent parfois à faire naître un sourire. Ce n’est pas tant que les commerçants soient désagréables. C’est plutôt comme si chacun tenait encore un rôle hérité du communisme. À l’ère soviétique, entre pénuries et files d’attente, le client dépendait de ce que le magasin pouvait lui offrir. Le commerçant, lui, détenait un pouvoir bien réel : celui de distribuer, ou non, ce qui manquait. Étonnant comme, dans ces lieux du quotidien que sont les petites épiceries, les habitudes sociales et professionnelles se transmettent parfois plus longtemps que les systèmes politiques qui les ont façonnées. Nous repartons finalement avec les provisions nécessaires pour franchir les prochains cols. La route se resserre, épousant les flancs de la montagne. Nous grimpons parmi les camions qui coupent les virages et les voitures qui refusent...
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Le passage subtil de l’Altai

Nous déposons nos vélos, nos sacoches. Nous laissons derrière nous ce qui nous a poussés à rouler encore et encore. Lentement, je ressens mon corps prendre sa pleine expansion, comme si je pouvais à nouveau respirer. Cette pause s’est imposée comme un doux murmure à écouter, comme un silence qui demandait présence. Avec l’inertie, c’est tellement facile de poursuivre, de ne pas sentir ce que le corps souligne. Cette tension dans la mâchoire, la fatigue de nos membres, les muscles tendus. Puis, un soir, c’est devenu un besoin. Alors on a accepté l’invitation. Soudain nous nous sentons exactement là où nous sommes censés être. Parmi les hautes cimes de l’Altai, dans ce monde sauvage qui s’étire au-delà de notre regard. Comme un passage subtil, nous avons glissé dans la puissance de ce lieu. On se sent pétiller, les rires résonnent dans le vent, et surtout une vague de sérénité se dépose dans nos corps. Elle fait écho à cette douceur kazakhe que nous ressentons sans pouvoir la nommer. Et...

Ce n’était plus un détour

On regarde la carte. Une fois encore. Va-t-on vraiment monter vers le nord alors que l'hiver sibérien peut s'installer d'un coup, que les feuilles jaunissent à vue d'œil, que nous roulons contre les vents dominants et qu'ils doivent justement tourner lorsque nous atteindrons le nord pour redescendre vers le sud ? Vraiment ? On reprend la carte, on cherche une petite route qui nous ferait gagner quelques kilomètres. Car passer par l'Altai, c'est un détour de huit cents kilomètres. Ce n'est plus un détour. C'est un autre itinéraire. Un autre voyage. En plus, il y a les montagnes à traverser, la fatigue qui commence à se faire sentir. Les ours bruns, dont la population a triplé en quelques années. Les tiques, porteuses de l'encéphalite sibérienne. Pourtant, cette idée est apparue comme tant d'autres cette année : un flash, une intuition furtive, une route qui s'illumine sur la carte, une frontière que l'on pensait fermée et qui s'ou...

Kazakhstan, au rythme de l’immensité

4 °C. Nos doigts sont gelés. Nous arrivons à la frontière kazakhe avec les froids sibériens déjà en tête. Un baraquement en construction, des hommes en vêtements de camouflage militaire et de grands sourires. Bienvenue au Kazakhstan. Nous y sommes déjà. « C’est beau ! » s’exclame Fibie. « Tout ce jaune ! » D’emblée, le Kazakhstan dévoile ses steppes or infinies, des montagnes aux allures de visages de vieillards ridés, sous un ciel bleu pastel, couleur de son drapeau. L’arrivée dans le premier village offre un accueil incroyable. Une petite dame, émue de notre passage, nous serre dans ses bras. Un vrai câlin comme Nayla les aime. Cela fait longtemps. Dans une quincaillerie, un homme paie nos achats. Les sacoches se remplissent de halva, une pâte de tournesol sucrée, de fromage fumé et de pain noir. “Où se trouve la pompe à eau?” La femme nous ouvre la porte de sa maison kazakh blanche et bleue. Après avoir traversé la cour intérieure, nous repartons avec de l’eau et des kuruts, ces bou...