On regarde la carte. Une fois encore. Va-t-on vraiment monter vers le nord alors que l'hiver sibérien peut s'installer d'un coup, que les feuilles jaunissent à vue d'œil, que nous roulons contre les vents dominants et qu'ils doivent justement tourner lorsque nous atteindrons le nord pour redescendre vers le sud ? Vraiment ? On reprend la carte, on cherche une petite route qui nous ferait gagner quelques kilomètres. Car passer par l'Altai, c'est un détour de huit cents kilomètres. Ce n'est plus un détour. C'est un autre itinéraire. Un autre voyage. En plus, il y a les montagnes à traverser, la fatigue qui commence à se faire sentir. Les ours bruns, dont la population a triplé en quelques années. Les tiques, porteuses de l'encéphalite sibérienne. Pourtant, cette idée est apparue comme tant d'autres cette année : un flash, une intuition furtive, une route qui s'illumine sur la carte, une frontière que l'on pensait fermée et qui s'ou...
4 °C. Nos doigts sont gelés. Nous arrivons à la frontière kazakhe avec les froids sibériens déjà en tête. Un baraquement en construction, des hommes en vêtements de camouflage militaire et de grands sourires. Bienvenue au Kazakhstan. Nous y sommes déjà. « C’est beau ! » s’exclame Fibie. « Tout ce jaune ! » D’emblée, le Kazakhstan dévoile ses steppes or infinies, des montagnes aux allures de visages de vieillards ridés, sous un ciel bleu pastel, couleur de son drapeau. L’arrivée dans le premier village offre un accueil incroyable. Une petite dame, émue de notre passage, nous serre dans ses bras. Un vrai câlin comme Nayla les aime. Cela fait longtemps. Dans une quincaillerie, un homme paie nos achats. Les sacoches se remplissent de halva, une pâte de tournesol sucrée, de fromage fumé et de pain noir. “Où se trouve la pompe à eau?” La femme nous ouvre la porte de sa maison kazakh blanche et bleue. Après avoir traversé la cour intérieure, nous repartons avec de l’eau et des kuruts, ces bou...