Six magasins et à peine un sourire. Nous finissons par en rire. Trouver ce qu’il nous faut devient une chasse au trésor, où quelques étincelles de spontanéité suffisent parfois à faire naître un sourire. Ce n’est pas tant que les commerçants soient désagréables. C’est plutôt comme si chacun tenait encore un rôle hérité du communisme. À l’ère soviétique, entre pénuries et files d’attente, le client dépendait de ce que le magasin pouvait lui offrir. Le commerçant, lui, détenait un pouvoir bien réel : celui de distribuer, ou non, ce qui manquait. Étonnant comme, dans ces lieux du quotidien que sont les petites épiceries, les habitudes sociales et professionnelles se transmettent parfois plus longtemps que les systèmes politiques qui les ont façonnées. Nous repartons finalement avec les provisions nécessaires pour franchir les prochains cols. La route se resserre, épousant les flancs de la montagne. Nous grimpons parmi les camions qui coupent les virages et les voitures qui refusent...
Nous déposons nos vélos, nos sacoches. Nous laissons derrière nous ce qui nous a poussés à rouler encore et encore. Lentement, je ressens mon corps prendre sa pleine expansion, comme si je pouvais à nouveau respirer. Cette pause s’est imposée comme un doux murmure à écouter, comme un silence qui demandait présence. Avec l’inertie, c’est tellement facile de poursuivre, de ne pas sentir ce que le corps souligne. Cette tension dans la mâchoire, la fatigue de nos membres, les muscles tendus. Puis, un soir, c’est devenu un besoin. Alors on a accepté l’invitation. Soudain nous nous sentons exactement là où nous sommes censés être. Parmi les hautes cimes de l’Altai, dans ce monde sauvage qui s’étire au-delà de notre regard. Comme un passage subtil, nous avons glissé dans la puissance de ce lieu. On se sent pétiller, les rires résonnent dans le vent, et surtout une vague de sérénité se dépose dans nos corps. Elle fait écho à cette douceur kazakhe que nous ressentons sans pouvoir la nommer. Et...