Accéder au contenu principal

Articles

Dernier article

Les steppes dorées, entre vent et émerveillement

Il fait de plus en plus froid. Le soir, nous enfilons nos doudounes et nous réfugions dans la tente, tandis que la nuit tombe chaque jour un peu plus tôt. Heureusement, le vent nous pousse. Nous voici de nouveau dans les steppes dorées. Nos souvenirs de ces immensités sont teintés de longues traversées, parfois monotones. Pourtant, cette fois, quelque chose nous touche dans ces paysages, jusque dans leurs détails les plus discrets. Les ombres dessinées par les arêtes des montagnes, comme si la terre prenait vie. Le souffle du vent qui balaie les grandes herbes jaunes. L’odeur de l’armoise lorsque nous nous arrêtons pour manger. Peut-être que toute cette traversée depuis la Mongolie a transformé notre regard. Nous nous arrêtons désormais sur des détails qui nous auraient échappé autrefois : le rouge écarlate de quelques plantes, probablement des suédas salés, un aigle qui s’élance au-dessus de nous dans un vol majestueux, le bruissement de ses ailes, les bandes blanches de sel qui app...
Articles récents

Des montagnes sacrées aux lieux de prières

Cette fois, nous laissons les hautes montagnes de l’Altaï derrière nous, comme si on se disait au revoir. Elles nous auront attirés à elles dans une danse que nous n’aurions jamais pu imaginer. Leur murmure nous a guidés de la Sibérie jusqu’en Mongolie. Nous avons reçu leur souffle au Xinjiang, en Chine, avant d’effleurer leur énergie au Kazakhstan. Comme si, d’un territoire à l’autre, nous avions suivi le fil invisible d’un même appel. Nous aurions voulu rester encore, nous enfoncer davantage dans leurs replis, nous laisser envelopper par leur présence durant l’hiver. Mais la route nous emmène ailleurs. Nous entrons déjà dans Oskemen. Après les petits villages kazakhs, nous nous retrouvons plongés dans un tout autre univers. Les grandes avenues héritées de l’époque soviétique nous paraissent démesurées. Tout semble presque irréel après ces semaines passées au cœur des montagnes, dans des paysages où l’horizon n’avait plus de limites. Heureusement, au détour d’une petite ruelle, nous t...

Et si l’eau d’un pays nous transformait ?

  Six magasins et à peine un sourire. Nous finissons par en rire. Trouver ce qu’il nous faut devient une chasse au trésor, où quelques étincelles de spontanéité suffisent parfois à faire naître un sourire. Ce n’est pas tant que les commerçants soient désagréables. C’est plutôt comme si chacun tenait encore un rôle hérité du communisme. À l’ère soviétique, entre pénuries et files d’attente, le client dépendait de ce que le magasin pouvait lui offrir. Le commerçant, lui, détenait un pouvoir bien réel : celui de distribuer, ou non, ce qui manquait. Étonnant comme, dans ces lieux du quotidien que sont les petites épiceries, les habitudes sociales et professionnelles se transmettent parfois plus longtemps que les systèmes politiques qui les ont façonnées. Nous repartons finalement avec les provisions nécessaires pour franchir les prochains cols. La route se resserre, épousant les flancs de la montagne. Nous grimpons parmi les camions qui coupent les virages et les voitures qui refusent...

Le passage subtil de l’Altai

Nous déposons nos vélos, nos sacoches. Nous laissons derrière nous ce qui nous a poussés à rouler encore et encore. Lentement, je ressens mon corps prendre sa pleine expansion, comme si je pouvais à nouveau respirer. Cette pause s’est imposée comme un doux murmure à écouter, comme un silence qui demandait présence. Avec l’inertie, c’est tellement facile de poursuivre, de ne pas sentir ce que le corps souligne. Cette tension dans la mâchoire, la fatigue de nos membres, les muscles tendus. Puis, un soir, c’est devenu un besoin. Alors on a accepté l’invitation. Soudain nous nous sentons exactement là où nous sommes censés être. Parmi les hautes cimes de l’Altai, dans ce monde sauvage qui s’étire au-delà de notre regard. Comme un passage subtil, nous avons glissé dans la puissance de ce lieu. On se sent pétiller, les rires résonnent dans le vent, et surtout une vague de sérénité se dépose dans nos corps. Elle fait écho à cette douceur kazakhe que nous ressentons sans pouvoir la nommer. Et...

Ce n’était plus un détour

On regarde la carte. Une fois encore. Va-t-on vraiment monter vers le nord alors que l'hiver sibérien peut s'installer d'un coup, que les feuilles jaunissent à vue d'œil, que nous roulons contre les vents dominants et qu'ils doivent justement tourner lorsque nous atteindrons le nord pour redescendre vers le sud ? Vraiment ? On reprend la carte, on cherche une petite route qui nous ferait gagner quelques kilomètres. Car passer par l'Altai, c'est un détour de huit cents kilomètres. Ce n'est plus un détour. C'est un autre itinéraire. Un autre voyage. En plus, il y a les montagnes à traverser, la fatigue qui commence à se faire sentir. Les ours bruns, dont la population a triplé en quelques années. Les tiques, porteuses de l'encéphalite sibérienne. Pourtant, cette idée est apparue comme tant d'autres cette année : un flash, une intuition furtive, une route qui s'illumine sur la carte, une frontière que l'on pensait fermée et qui s'ou...