Il y a des lieux qui ne s’offrent qu’à ceux qui savent ralentir. Kosh Agach en fait partie. Après des semaines à pédaler à travers des steppes infinies et des montagnes qui s’élance vers le ciel, nous voici cloués au sol par le plus doux des hasards : une cabane en bois, toute neuve, à l’écart du village, avec eau courante et électricité. Un petit camp tenu par une jeune famille kazakhe nous accueille. Aigul, un bébé de huit mois, se blottit contre la maman, qui nous sourit en nous tendant les clés comme on offre un trésor. « Installez-vous. » Dès le premier soir, les sacs à peine vidés, nous savons que nous allons nous poser. Vraiment. À cinq cents mètres de là, un lac turquoise, lissé comme un miroir mais bien vivant. Ses eaux claires et profondes reflètent le défilé des nuages, tandis que ses berges herbeuses accueillent les chevaux et les vaches du coin. Chaque jour, nous y plongeons. L’eau est fraîche, d’une fraîcheur qui réveille les muscles endoloris et lave les kilomètres avalé...
La route s'élève doucement vers le col. Depuis plusieurs jours, une même sensation nous accompagne. Nous avons le sentiment de revenir vers un lieu qui nous appelle. Comme si l'Altaï exerçait sur nous une force invisible, une attraction silencieuse. À près de 2 700 mètres, nous atteignons le sommet. Entre la Mongolie et la Russie s'étend un vaste « no man's land » de 25 kilomètres. Les montagnes ne connaissent pas les frontières. Les vallées se prolongent sans se soucier des lignes tracées sur les cartes. Seuls les hommes ont décidé qu'ici un pays s'arrêtait et qu'un autre commençait. Devant le poste russe, une longue file de voitures et de camions patiente déjà. A vélo, nous pouvons heureusement passer. Devant les barricades, nous observons les contrôles. Des valises sont entièrement vidées sur le sol. Les capots s'ouvrent. Les sièges sont démontés. Personne ne semble protester. Ici, chacun attend que l'on décide de son sort. Nous entrons dans le bâ...