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Les montagnes n'ont pas de frontières

La route s'élève doucement vers le col. Depuis plusieurs jours, une même sensation nous accompagne. Nous avons le sentiment de revenir vers un lieu qui nous appelle. Comme si l'Altaï exerçait sur nous une force invisible, une attraction silencieuse. À près de 2 700 mètres, nous atteignons le sommet. Entre la Mongolie et la Russie s'étend un vaste « no man's land » de 25 kilomètres. Les montagnes ne connaissent pas les frontières. Les vallées se prolongent sans se soucier des lignes tracées sur les cartes. Seuls les hommes ont décidé qu'ici un pays s'arrêtait et qu'un autre commençait. Devant le poste russe, une longue file de voitures et de camions patiente déjà. A vélo, nous pouvons heureusement passer. Devant les barricades, nous observons les contrôles. Des valises sont entièrement vidées sur le sol. Les capots s'ouvrent. Les sièges sont démontés. Personne ne semble protester. Ici, chacun attend que l'on décide de son sort. Nous entrons dans le bâ...
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Le visage caché de Tsagaannuur

Nous franchissons enfin le col. Au sommet, un petit lac repose, immobile, comme une dernière respiration avant Tsagaannuur, le dernier village mongol avant la frontière de l'Altaï russe. Le ciel s'assombrit brusquement. En quelques minutes, le vent se lève avec une violence inattendue. Les rafales frappent les vélos de côté et arrachent presque le guidon de nos mains. Il faut se pencher, lutter, corriger sans cesse la trajectoire. Je regarde Fibie. Au milieu de cette immensité, elle paraît si petite. Une enfant de huit ans qui s'accroche à son guidon tandis que le vent descend des montagnes comme s'il voulait nous repousser. Autour de nous, il n'y a plus que de la roche. Des montagnes nues, des couleurs de sable, d'ocre et de gris. Pas un arbre. À plus de 2 300 mètres d'altitude, le paysage semble avoir été débarrassé de tout. Lorsque les premières maisons apparaissent enfin, nous apercevons Tsagaannuur. Le village ressemble à un poste avancé posé au bout du...

La fin de l’asphalte

Le route asphaltée s'arrête à Ulaangom. Sur la carte, la suite n'est plus qu'un fin trait gris qui serpente vers Tsagaannuur, à la frontière avec l’Altaï russe. Deux cent cinquante kilomètres de piste. Plusieurs cols dont le plus grand à plus de mille mètres de dénivelé. Une plaine à la chaleur torride. Trois rivières qui se divisent en plusieurs bras. Une vallée encaissée et tous nous parle avec le même sourire : ça va secouer. Nous déroulons la carte sur la table de la famille qui tient le petit hotel où nous restons. Ils nous ont accueilli comme si nous étions des leur. Le père est chasseur. Il connaît ces montagnes comme sa poche. Nous lui faisons entièrement confiance. Son doigt suit la piste. Il s'arrête au col. Puis au premier lac. Puis à la rivière. — « Là... parfois l'eau arrive jusque-là. » Il pose sa main sur son ventre. Nous échangeons un regard avec Xavier. La rivière, nous l'avions déjà repérée sur la carte. Mais nous attendions une confirmation d’...

Sous la peau du désert

Le lendemain, le désert a changé de visage. La fraîcheur des matins appartient déjà au passé. Lorsque nous ouvrons la tente, la chaleur est là. Douce encore, mais bien présente. Nous savons qu'elle ne fera qu'augmenter au fil des heures. Nous longeons les rives du lac Khyargas, entre longues montées et longues descentes. Cette fois, nous n'attendons pas. Après quelques dizaines kilomètres, nous quittons la route. Le lac n'est plus qu'à quelques centaines de mètres. Notre thermomètre affiche 43 °C. Nous tendons la tarp pour avoir un peu d'ombre, puis nous courons vers l'eau. L'eau est fraîche, et le sel nous porte. Nos corps deviennent soudain plus légers, comme si la fatigue des derniers jours se dissolvait peu à peu dans le lac. Nous restons là à flotter. Puis nous reprenons la route, jusqu’au prochain point d’eau. Soulagés de le rejoindre avec la chaleur. Soudain, les rochers nous interpellent. Nous avons souvent l'impression de marcher sur la terr...