Accéder au contenu principal

Articles

Dernier article

Portés par le vent et la gratitude

Les premiers bâtiments d’Ayagoz apparaissent. Cette petite ville marque une étape, la fin de notre progression plein sud. Après une longue portion de route neuve, nous sommes surpris par l’état des rues de la ville . Par endroit, de petites allées de terre serpentent entre d’anciens immeubles, dont les cages d’escalier sont restées brutes. Le contraste est saisissant. Nos corps sont fatigués. Nous avons enchaîné les longues journées à vélo, et notre visa expire bientôt. Pourtant le vent nous porte à travers les steppes. Nous volons littéralement à travers le paysage qui défile. C’est enivrant. Le vent devrait encore nous être favorable ces prochains jours. Nous pouvons enfin nous offrir une journée de repos avant la frontière, alors que nous pensions devoir pédaler sans relâche jusqu’au bout. Nous rencontrons Malnur, qui nous invite à manger dans un restaurant kazakh. Quel bonheur de retrouver une cuisine aussi généreuse ! Un incroyable plat de champignons à la crème, du poulet marin...
Articles récents

Les steppes dorées, entre vent et émerveillement

Il fait de plus en plus froid. Le soir, nous enfilons nos doudounes et nous réfugions dans la tente, tandis que la nuit tombe chaque jour un peu plus tôt. Heureusement, le vent nous pousse. Nous voici de nouveau dans les steppes dorées. Nos souvenirs de ces immensités sont teintés de longues traversées, parfois monotones. Pourtant, cette fois, quelque chose nous touche dans ces paysages, jusque dans leurs détails les plus discrets. Les ombres dessinées par les arêtes des montagnes, comme si la terre prenait vie. Le souffle du vent qui balaie les grandes herbes jaunes. L’odeur de l’armoise lorsque nous nous arrêtons pour manger. Peut-être que toute cette traversée depuis la Mongolie a transformé notre regard. Nous nous arrêtons désormais sur des détails qui nous auraient échappé autrefois : le rouge écarlate de quelques plantes, probablement des suédas salés, un aigle qui s’élance au-dessus de nous dans un vol majestueux, le bruissement de ses ailes, les bandes blanches de sel qui app...

Des montagnes sacrées aux lieux de prières

Cette fois, nous laissons les hautes montagnes de l’Altaï derrière nous, comme si on se disait au revoir. Elles nous auront attirés à elles dans une danse que nous n’aurions jamais pu imaginer. Leur murmure nous a guidés de la Sibérie jusqu’en Mongolie. Nous avons reçu leur souffle au Xinjiang, en Chine, avant d’effleurer leur énergie au Kazakhstan. Comme si, d’un territoire à l’autre, nous avions suivi le fil invisible d’un même appel. Nous aurions voulu rester encore, nous enfoncer davantage dans leurs replis, nous laisser envelopper par leur présence durant l’hiver. Mais la route nous emmène ailleurs. Nous entrons déjà dans Oskemen. Après les petits villages kazakhs, nous nous retrouvons plongés dans un tout autre univers. Les grandes avenues héritées de l’époque soviétique nous paraissent démesurées. Tout semble presque irréel après ces semaines passées au cœur des montagnes, dans des paysages où l’horizon n’avait plus de limites. Heureusement, au détour d’une petite ruelle, nous t...

Et si l’eau d’un pays nous transformait ?

  Six magasins et à peine un sourire. Nous finissons par en rire. Trouver ce qu’il nous faut devient une chasse au trésor, où quelques étincelles de spontanéité suffisent parfois à faire naître un sourire. Ce n’est pas tant que les commerçants soient désagréables. C’est plutôt comme si chacun tenait encore un rôle hérité du communisme. À l’ère soviétique, entre pénuries et files d’attente, le client dépendait de ce que le magasin pouvait lui offrir. Le commerçant, lui, détenait un pouvoir bien réel : celui de distribuer, ou non, ce qui manquait. Étonnant comme, dans ces lieux du quotidien que sont les petites épiceries, les habitudes sociales et professionnelles se transmettent parfois plus longtemps que les systèmes politiques qui les ont façonnées. Nous repartons finalement avec les provisions nécessaires pour franchir les prochains cols. La route se resserre, épousant les flancs de la montagne. Nous grimpons parmi les camions qui coupent les virages et les voitures qui refusent...

Le passage subtil de l’Altai

Nous déposons nos vélos, nos sacoches. Nous laissons derrière nous ce qui nous a poussés à rouler encore et encore. Lentement, je ressens mon corps prendre sa pleine expansion, comme si je pouvais à nouveau respirer. Cette pause s’est imposée comme un doux murmure à écouter, comme un silence qui demandait présence. Avec l’inertie, c’est tellement facile de poursuivre, de ne pas sentir ce que le corps souligne. Cette tension dans la mâchoire, la fatigue de nos membres, les muscles tendus. Puis, un soir, c’est devenu un besoin. Alors on a accepté l’invitation. Soudain nous nous sentons exactement là où nous sommes censés être. Parmi les hautes cimes de l’Altai, dans ce monde sauvage qui s’étire au-delà de notre regard. Comme un passage subtil, nous avons glissé dans la puissance de ce lieu. On se sent pétiller, les rires résonnent dans le vent, et surtout une vague de sérénité se dépose dans nos corps. Elle fait écho à cette douceur kazakhe que nous ressentons sans pouvoir la nommer. Et...