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Le Naadam que nous pensions ne jamais voir

Khovd apparaît comme une respiration. La ville repose dans une vaste plaine, enlacée par d'étonnantes montagnes orangées aux formes sculptées par le vent. Une rivière y dessine des méandres entre les yourtes blanches et, surtout, il y a des arbres. De vrais grands arbres. Leurs feuilles bruissent doucement au-dessus de nos têtes. Après tant de kilomètres passés sous un ciel immense, leur ombre est une retrouvaille. Khovd donne l'impression d'être à la croisée des mondes. Son marché en est sans doute le meilleur reflet. Ce n'est pas seulement un endroit où l'on vient acheter quelques provisions. C'est un lieu où l'on prend le pouls de toute une région. Les cris des marchands se mélangent à l'odeur de la viande fraîche, du charbon, de la poussière. Les pick-up arrivent de toutes les directions, chargés de montagne de pastèque, de bidons de lait, ou parfois d'un mouton fraîchement découpé . — « Goûte ! » Une femme nous tend un arrul. Son visage s'i...
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Face à la tempête : la chute, l’infini et 100 km

Tout semble s’accélérer dès notre retour en Mongolie. Même au passage de la frontière, les orages s’abattent au moment précis où nous dînons au sommet du col. Pas de pause : nous sommes poussés à avancer. Dans la grande descente vers Tsaganuur, l’orage revient de plus belle, plus fort, plus sombre. Les vents sont furieux, nous poussant avec un élan de rage. Nous plongeons à toute vitesse dans cet univers infini, parsemé de yourtes blanches, retrouvant les grands troupeaux de moutons et de chèvres . Nous sommes précipités encore plus rapidement vers ce qui est présent mais que parfois nous refusons de voir. Fibie, lancée à 50 km/h, fait une chute monumentale. Le visage en sang, la veste déchirée, le ventre brûlé par l’impact avec le guidon, sa roue voilée dessine désormais le symbole de l’infini. Et l’orage qui arrive, plus violent encore. Il faut décider vite. Nayla change de positionnement. Calme sa décision est tranchante: elle monte dans la voiture d’inconnus kazakhs que nous avons ...

La Connexion des steppes

Le contact humain ici est une chaleur immédiate, un feu qui prend sans qu’on l’allume. Nous naviguons entre deux mondes. D’un côté, les Kazakhs : des enfants qui jaillissent de l’eau, riant, nous saluant d’un « Salam Alekum » lancé comme une offrande, tandis que leur amis nous apprennent en même temps la langue gutturale de l’Altaï, l’Altaiiski, sonore et profond. De l’autre, les Russes. Avec eux, nous redécouvrons des gestes oubliés, si communs qu’ils en deviennent bouleversants. On nous serre la main.    Pour Xavier, ce simple acte est un choc. Après des années au Japon, où l’on s’incline pour saluer, où le corps se courbe par respect, voici que la main se tend, ferme, directe. C’est un retour au physique pur : le regard planté dans le regard, la pression des doigts qui affirme une présence, une force qui relie. Ce n’est pas juste un salut, c’est une reconnaissance. Autour de ces poignées de main, les discussions s’ébauchent, portées par nos quelques mots de russe hésitants....

Les fronts noirs l’Altai

Soudain, la lumière bascule. Le ciel se ferme, noir d’encre. Un front massif avance, engloutissant les montagnes une à une, comme si le monde était dévoré par un océan ténébreux. Puis, la déchirure : des éclairs zèbrent la voûte, lignes blanches et crues qui lacèrent l’obscurité. Le tonnerre roule, un grondement grave qui fait vibrer la steppe entière jusqu’aux cimes lointaines. Le lac, turquoise et lisse, vire au noir. Ses vaguelettes se hachent. L’eau est tourmentée. Et le vent s’en mêle. Ce n’est pas une brise, c’est une meute. Dans ce paysage sans frein, il s’emballe, galope comme les chevaux sauvages, nous coupant le souffle, nous clouant au sol. Puis le déluge s’abat : une pluie glaciale, horizontale, cinglante. Nous marchons sur un permafrost géant, où la moyenne annuelle oscille au-dessous de zéro. Le matin, il gèle presque ; le soleil, à 2000 mètres, brûle vite. Mais quand le front est là, le froid mord la peau, violent. La tempête dure, indifférente, lancinante. Puis s’éloign...

Kosh Agach, ou l’art de s’arrêter

Il y a des lieux qui ne s’offrent qu’à ceux qui savent ralentir. Kosh Agach en fait partie. Après des semaines à pédaler à travers des steppes infinies et des montagnes qui s’élance vers le ciel, nous voici cloués au sol par le plus doux des hasards : une cabane en bois, toute neuve, à l’écart du village, avec eau courante et électricité. Un petit camp tenu par une jeune famille kazakhe nous accueille. Aigul, un bébé de huit mois, se blottit contre la maman, qui nous sourit en nous tendant les clés comme on offre un trésor. « Installez-vous. » Dès le premier soir, les sacs à peine vidés, nous savons que nous allons nous poser. Vraiment. À cinq cents mètres de là, un lac turquoise, lissé comme un miroir mais bien vivant. Ses eaux claires et profondes reflètent le défilé des nuages, tandis que ses berges herbeuses accueillent les chevaux et les vaches du coin. Chaque jour, nous y plongeons. L’eau est fraîche, d’une fraîcheur qui réveille les muscles endoloris et lave les kilomètres avalé...