Deux cent cinquante kilomètres. C'est la distance qui nous sépare du prochain village. La nourriture ne nous inquiète pas. Nous pouvons emporter cinq jours de vivres pour quatre personnes. L'eau, en revanche, décide de tout. Chaque point d'eau devient une étape. Chaque étape conditionne la suivante. Il faudra arriver à temps. Le froid, étonnamment, est presque une bonne nouvelle. Les températures descendent encore à deux degrés au lever du jour. Nous consommerons moins d'eau. En revanche, le vent sera contre nous. Comme très souvent. Le vent suit son propre rythme. Nous avons simplement appris à l'écouter. Le matin, il sommeille encore. Puis, vers neuf heures, il s'éveille. Heure après heure, il gagne en puissance. Alors nous partirons tôt. Très tôt. Chaque kilomètre parcouru avant son arrivée sera un cadeau. Le véritable départ a lieu bien avant le premier coup de pédale. La traversée se prépare surtout dans la tête. Bien sûr, nous ne serons jamais complètement...
Nous quittons le campement installé au sommet du col, sous la protection silencieuse d'un crâne de bélier. Au réveil, le vent règne déjà sur la steppe avec la même puissance que les jours précédents. Mais il a changé de camp. Pour la première fois depuis longtemps, il est dans notre dos. Il nous emporte à travers la steppe. Fibie se laisse glisser dans une longue descente. Son compteur affiche 42 km/h. — J'ai l'impression de voler ! Comme un aigle porté par les courants invisibles. À l'horizon, toujours aucune yourte. Aucun poteau électrique. Seulement l'espace. Pourtant rien n'est vide ici. Notre regard s'est habitué à chercher autre chose. Une marmotte qui siffle avant de disparaître dans son terrier. Un oiseau qui s'élance. Un aigle qui plane. Le chant du vent dans l'herbe. Avec le vent de face, ces paysages dévoilent leur austérité. Ils semblent immenses, presque capables de nous engloutir. Chaque kilomètre rappelle l'incertitude du prochain ...