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Grandir dans un monde où les frontières sont des horizons

À Kharkhorin, les sensations ont le goût des retrouvailles. Derrière les ger apparaissent les murs du monastère d'Erdene Zuu. Les 108 stupas blancs se dressent sous le ciel mongol, et le vent souffle toujours avec la même liberté. Puis il y a ce visage. Celui qui nous avait accueillis douze ans plus tôt, lorsque l'hiver régnait sur les steppes et que le thermomètre affichait -30°C. Nous nous souvenons de la chaleur de cette ger, de la fumée du poêle, de cette impression d'être arrivés au bout du monde. Cette fois pourtant, tout est différent. La première fois, nous regardions la Mongolie à deux. Aujourd'hui, nous nous y abandonnons à quatre. Quelques jours de nourriture remplissent les sacoches. Vingt litres d'eau alourdissent les vélos. Puis vient ce moment familier : celui où il faut quitter ce qui est connu. Le village disparaît peu à peu derrière nous. Les clôtures s'effacent, puis les toits colorés. Quelques chevaux lèvent la tête avant de retourner à leur ...
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Sous le ciel de Mongolie, huit ans après 

La Mongolie apparaît. Immense. Sauvage. Indomptable. Les reliefs apparaissent lentement sous la lumière du soleil, comme les traits anciens d’un visage. Une première yourte se dessine à l’horizon. Autour, l’infini des steppes. Lena et Claude nous attendent. Et soudain, l’émotion monte, les yeux brillent. Huit ans, déjà. Et pourtant, c’est comme si l’on s’était quitté hier. Lena a grandi. Elle a 20 ans désormais. Elle guide des motos à travers les steppes mongoles, et sait imposer sa voix. Claude est là aussi. Grand voyageur, charismatique, il est toujours animé par cette flamme. Nous retrouvons notre ami. Et puis, d’un seul coup, nous y sommes vraiment. En Mongolie. Par moments, l’odeur du mouton apparaît sans prévenir. Les yogourts portent le goût de la steppe, comme les senteurs d’armoise lorsque l’on marche. Les emballages inscrits en cyrillique réveillent des souvenirs de routes lointaines. On boit même du lait de chamelle, épais, délicieux, comme si nous étions déjà au c...

Sur des ailes de renouveau

La Corée se termine La Mongolie commence après. Entre les deux, il y a ce passage étrange où tout semble encore présent et déjà en train de s’éloigner. La Corée a été un souffle, une légèreté, une succession de paysages verts et de rencontres simples, comme si tout s’était accordé avec fluidité, porté sur des ailes de renouveau et de joie . Nous pouvions simplement nous laisser vivre. Il y avait des paysages vert vif, des montagnes élégantes, des passages au coeur des vallées et les vues aux sommets. Il y avait surtout une sensation d’être au bon endroit au bon moment, comme si tout se déroulait au-delà de nous, comme cette carte d’itinéraire saisie par hasard. Il y avait surtout cette douceur incarnée dans la piste cyclable et les lieux magiques où nous campions. Il y avait cette innocence et l’accueil simple de ce qui est. Nous sommes si bien ici, et même si nous savons que c’est le moment de rejoindre la Mongolie, quelque chose en nous a envie de rester, de prolonger cette douceur...

Des œufs tout nus et des montagne sacrées

Ce matin, nous laissons nos vélos pour grimper vers un temple perdu dans la montagne. Dès l’arrivée au pied du relief, les ruines gigantesques d’un ancien temple du XIVe siècle surgissent devant nous . Puis le sentier commence à grimper. Il s’enfonce dans une forêt de pins parfumée, longe une source sacrée, avant de déboucher sur le temple principal. L’architecture est magnifique, peinte de vert. Un vert vivant, vibrant, comme si le temple respirait au rythme du printemps coréen. Ici, tout semble s’éveiller en même temps : les arbres, les oiseaux… et nous aussi. Plus haut, des formations rocheuses de granit beige apparaissent entre les branches. Rondes, douces, presque irréelles, comme sculptées. « On peut monter là-haut ?! » s’écrient les filles, déjà prêtes à bondir. Évidemment, impossible de dire non à cette énergie-là. Alors nous grimpons encore. Le sentier se rétrécit, devient plus raide, plus sauvage. Puis arrivent les cordes, les passages sécurisés dans la roche ; les filles...

Des montagnes jusqu’aux lumières de la ville

Ça monte encore et encore, une pente à 14 % sur 1,5 km, mais les chiffres ne disent pas grand-chose de ce que l’on ressent. La nouvelle route grimpe droit dans la montagne, sans chercher à l’éviter, sans détour, comme si elle refusait toute négociation avec le relief . « Comment font-ils ici en hiver ? quand tout doit disparaître sous la neige ? ». Cette question revient surtout pour occuper mon esprit, pour masquer l’immense frustration de cette montée qui semble ne jamais vouloir finir. Alors qu’on voit se dessiner l’ancienne route en serpentin… Il nous faut une heure pour hisser les vélos, à la force des bras . Une heure lente, d’un effort intense où l’on monte, puis redescend chercher les filles, pour remonter encore. Les gestes s’enchaînent comme un mouvement sans fin. La Corée nous surprend ainsi à chaque col, avec ces pentes qui semblent toujours plus raides que les précédentes, comme si le paysage testait notre obstination. Surtout avec le poids de nos vélos chargés. Les de...