Nous atteignons un grand ovoo, un monticule de pierres dressé sur la crête. Les drapeaux bleus claquent dans le vent. Un brûleur d'encens, un crâne de cheval, une théière, quelques tasses, une bouteille de vodka vide et des os blanchis ont été déposés là en offrande pour les esprits.
Je fais trois fois le tour de l'ovoo.
Je ne sais pas si je me sens reliée aux esprits du vent dont parlent les Mongols. Mais une chose est certaine : cette terre porte une présence. C’est indéniable.
Alors, silencieusement, je lui demande l'autorisation de passer.
Car ce qui se dévoile devant nous dépasse tout ce que nous avons traversé depuis Ulaan Baatar. La terre s'étire dans toutes les directions.
Pas une yourte. Pas un troupeau. Pas même un poteau électrique.
Rien.
Seulement l'espace.
Une immensité si vaste qu'elle en devient presque vertigineuse. Comme si le monde avait soudainement retiré ses limites. Nous recevons une bouffée d’espace.
Et pourtant, ce paysage n'a rien de vide.
Il est là. Dense. Présent.
Comme s’il interagissait avec nous. Non pas parce que la Terre parle avec des mots, mais parce que, aussi beau que soit le monde, on ne peut en faire l'expérience qu'à travers ce que l'on porte en soi. C'est là que réside sa présence : dans le miroir qu'il nous tend.
La steppe nous renvoie simplement ce que nous portons déjà en nous.
Un peu plus loin, nous arrivons au bord d'un lac aux reflets pastel. C’est inspirant.
Nous nous arrêtons. Fibie court dans l'eau et joue avec le sable pendant que les derniers rayons du soleil glissent sur la surface calme du lac.
Le lendemain matin, le réveil est brutal. Le vent souffle avec une violence inouïe.
De face.
Avant de partir, nous filtrons suffisamment d'eau pour atteindre le prochain point d'eau.
Puis nous roulons. Lentement.
Avec cette sensation étrange de pédaler contre quelque chose d'invisible. Les kilomètres défilent à peine. Avec détermination, nous continuons.
Au loin, la route finit par tourner. Xavier lance alors :
— « Attention, ça tourne ! Ralentissez ! » Un éclat de rire traverse le vent. Un soubresaut de légèreté dans l'effort, pour continuer à ne pas entrer dans la lutte.
Et soudain, le miracle.
Le virage arrive. Le vent tourne légèrement. Il nous pousse ! Une délivrance !
— Merci, vent ! s'exclame Nayla.
Comme s'il avait répondu, il revient immédiatement de face. Plus fort encore.
— Qu'est-ce que j'ai fait ?! proteste Nayla.
Alors nous poursuivons.
Lentement. Le vent est toujours là. Comme un mur. Et il nous faut encore plus de force, non pas pour lutter contre lui, mais pour accueillir sa présence et continuer malgré elle.
Après quinze kilomètres seulement, nous sommes déjà épuisés. Une poignée d'abricots secs redonne un peu de courage aux troupes. Fibie boit une grande gorgée d'eau. Puis recrache tout aussitôt.
— Elle est salée !
Avec Xavier, nous nous regardons. Les cristaux blancs sur les rives auraient dû nous mettre la puce à l'oreille. Même le café est imbuvable. Nous abandonnons plusieurs litres d'eau filtrée et reprenons la route avec ce qu'il nous reste. Il nous faut absolument rejoindre le prochain point d’eau.
Le lac s'étire à notre droite sur des kilomètres. Nous comprenons mieux pourquoi aucune famille n'a installé sa yourte ici.
Le vent continue.
Toujours.
Sans relâche.
Puis apparaît un panneau. Une bifurcation. Un village se trouve à cinquante-deux kilomètres.
Parfois, sur ces routes de Mongolie, on a l'impression que le monde s'arrête là où le ruban d'asphalte disparaît à l'horizon. Pourtant, quelque part derrière ces collines, au-delà de ces dizaines de kilomètres de vide apparent, il y a toujours un autre village isolé.
Quelques maisons. Un puits. Des enfants.
Comme si la steppe entière était reliée par des fils invisibles.
Nous oscillons alors entre deux sensations : celle que tout est lié, et cette immensité vertigineuse qui nous rappelle combien nous sommes petits.
À la fois infiniment vaste et profondément connectée, c'est peut-être la coexistence des deux qui confèrent à ces paysages toute leur puissance.
Le vent nous pousse presque au-delà de nos ressources. Nous ne savons pas si nous atteindrons le village. Alors nous avançons comme nous pouvons.
Respiration après respiration.
Puis apparaissent des cercles de pierres dans la steppe, des cercles chamaniques, lieux de rituels. Des traces discrètes laissées par ceux qui vivent ici depuis des générations.
Je fais trois fois le tour de l'ovoo.
Je ne sais pas si je me sens reliée aux esprits du vent dont parlent les Mongols. Mais une chose est certaine : cette terre porte une présence. C’est indéniable.
Alors, silencieusement, je lui demande l'autorisation de passer.
Car ce qui se dévoile devant nous dépasse tout ce que nous avons traversé depuis Ulaan Baatar. La terre s'étire dans toutes les directions.
Pas une yourte. Pas un troupeau. Pas même un poteau électrique.
Rien.
Seulement l'espace.
Une immensité si vaste qu'elle en devient presque vertigineuse. Comme si le monde avait soudainement retiré ses limites. Nous recevons une bouffée d’espace.
Et pourtant, ce paysage n'a rien de vide.
Il est là. Dense. Présent.
Comme s’il interagissait avec nous. Non pas parce que la Terre parle avec des mots, mais parce que, aussi beau que soit le monde, on ne peut en faire l'expérience qu'à travers ce que l'on porte en soi. C'est là que réside sa présence : dans le miroir qu'il nous tend.
La steppe nous renvoie simplement ce que nous portons déjà en nous.
Un peu plus loin, nous arrivons au bord d'un lac aux reflets pastel. C’est inspirant.
Nous nous arrêtons. Fibie court dans l'eau et joue avec le sable pendant que les derniers rayons du soleil glissent sur la surface calme du lac.
Le lendemain matin, le réveil est brutal. Le vent souffle avec une violence inouïe.
De face.
Avant de partir, nous filtrons suffisamment d'eau pour atteindre le prochain point d'eau.
Puis nous roulons. Lentement.
Avec cette sensation étrange de pédaler contre quelque chose d'invisible. Les kilomètres défilent à peine. Avec détermination, nous continuons.
Au loin, la route finit par tourner. Xavier lance alors :
— « Attention, ça tourne ! Ralentissez ! » Un éclat de rire traverse le vent. Un soubresaut de légèreté dans l'effort, pour continuer à ne pas entrer dans la lutte.
Et soudain, le miracle.
Le virage arrive. Le vent tourne légèrement. Il nous pousse ! Une délivrance !
— Merci, vent ! s'exclame Nayla.
Comme s'il avait répondu, il revient immédiatement de face. Plus fort encore.
— Qu'est-ce que j'ai fait ?! proteste Nayla.
Alors nous poursuivons.
Lentement. Le vent est toujours là. Comme un mur. Et il nous faut encore plus de force, non pas pour lutter contre lui, mais pour accueillir sa présence et continuer malgré elle.
Après quinze kilomètres seulement, nous sommes déjà épuisés. Une poignée d'abricots secs redonne un peu de courage aux troupes. Fibie boit une grande gorgée d'eau. Puis recrache tout aussitôt.
— Elle est salée !
Avec Xavier, nous nous regardons. Les cristaux blancs sur les rives auraient dû nous mettre la puce à l'oreille. Même le café est imbuvable. Nous abandonnons plusieurs litres d'eau filtrée et reprenons la route avec ce qu'il nous reste. Il nous faut absolument rejoindre le prochain point d’eau.
Le lac s'étire à notre droite sur des kilomètres. Nous comprenons mieux pourquoi aucune famille n'a installé sa yourte ici.
Le vent continue.
Toujours.
Sans relâche.
Puis apparaît un panneau. Une bifurcation. Un village se trouve à cinquante-deux kilomètres.
Parfois, sur ces routes de Mongolie, on a l'impression que le monde s'arrête là où le ruban d'asphalte disparaît à l'horizon. Pourtant, quelque part derrière ces collines, au-delà de ces dizaines de kilomètres de vide apparent, il y a toujours un autre village isolé.
Quelques maisons. Un puits. Des enfants.
Comme si la steppe entière était reliée par des fils invisibles.
Nous oscillons alors entre deux sensations : celle que tout est lié, et cette immensité vertigineuse qui nous rappelle combien nous sommes petits.
À la fois infiniment vaste et profondément connectée, c'est peut-être la coexistence des deux qui confèrent à ces paysages toute leur puissance.
Le vent nous pousse presque au-delà de nos ressources. Nous ne savons pas si nous atteindrons le village. Alors nous avançons comme nous pouvons.
Respiration après respiration.
Puis apparaissent des cercles de pierres dans la steppe, des cercles chamaniques, lieux de rituels. Des traces discrètes laissées par ceux qui vivent ici depuis des générations.
Et aujourd'hui, au milieu du vent, de la poussière et de l'immensité, ce lien à la Terre et aux éléments nous paraît soudain évident.
Juste derrière une colline, le village. Quelques maisons. Et surtout, de l'eau. Nous avons atteint le prochain point d'eau.
Juste derrière une colline, le village. Quelques maisons. Et surtout, de l'eau. Nous avons atteint le prochain point d'eau.
Céline, Xavier, Nayla et Fibie
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