Un homme nous fait signe depuis le bord de la route. Nous nous arrêtons devant une petite bâtisse en béton qui fait office de cantine. À l'intérieur, trois lits occupent une partie de la pièce. Un poêle chauffe doucement et, au-dessus, une casserole de thé au lait mijote lentement. Nous nous installons. Le thé est servi avec des beignets encore chauds. Les filles se régalent.
Notre hôte tente ensuite de nous apprendre quelques mots de mongol. Nous répétons tant bien que mal. Les éclats de rire se succèdent. Très vite, la conversation dérive vers les animaux. Nous imitons les chèvres, les chevaux, les yaks. Les sons ne sont manifestement pas les mêmes qu'en Europe. Les filles rient aux larmes.
Quelques heures plus tard, nous reprenons notre route avec des boules de yogourt séché, les arurts. Puis plantons la tente au milieu de nulle part.
Cette fois, nous sommes heureux d'avoir transporté suffisamment d'eau. Chaque litre compte. Les réserves occupent une place grandissante dans nos sacoches.
Autour de nous, la steppe porte les traces de la vie quotidienne. Des crottes de chèvres. Des bouses séchées. Quelques os blanchis par le soleil. Des morceaux de peau abandonnés par les prédateurs. Une plume de vautour.
Nous grimpons un peu sur les hauteurs pour installer le camp. De là, le regard porte loin. Très loin.
À l'horizon, une ligne sombre apparaît. Au début, ce n'est presque rien. Une ombre. Une nuance différente dans le ciel.
Puis les nuages grandissent. Ils s'élèvent lentement au-dessus de la plaine et prennent possession de l'horizon. Pendant des heures, nous observons leur progression. La pluie tombe d'un côté tandis que le soleil éclaire encore l'autre. Des rideaux d'eau traversent la lumière. Les montagnes disparaissent puis réapparaissent. Le ciel devient un théâtre.
En Mongolie, la météo n'est jamais un simple décor. Elle participe à l'histoire. On ne l'observe pas depuis une fenêtre. On voyage à l'intérieur d'elle.
Le temps semble alors ralentir. Comme si la steppe nous invitait à regarder. Simplement regarder. Les nuages.
La lumière.
Le vent.
Le mouvement du monde.
Puis la nuit tombe.
Et cette fois, la tempête choisit notre vallée. Le vent frappe la toile avec violence. Les rafales secouent la tente. La pluie s'abat sans retenue. Les éclairs illuminent par intermittence les montagnes qui nous entourent.
Allongé dans mon sac de couchage, je repense aux jours qui nous attendent encore.
À l'eau que nous devons transporter. Aux pistes qui disparaissent parfois dans l'immensité. Aux distances. Au vent qui semble ne jamais se fatiguer.
La Mongolie nous offre des paysages extraordinaires. Mais elle exige aussi quelque chose en retour. Ici, l'autonomie n'est pas une idée romantique. Elle est une réalité quotidienne. Pour la première fois depuis notre départ dans les steppes, je sens poindre quelques doutes. Pas des peurs. Plutôt ce mélange d'humilité et de respect que l'on ressent lorsque l'on comprend enfin l'ampleur de ce qui nous attend.
Dehors, le tonnerre roule encore au-dessus de la vallée. Et tandis que la toile se tend sous les rafales, une sensation me traverse, comme si je ressentais l’appel de cette terre.
Céline, Xavier, Nayla et Fibie
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