Chaque jour, nous longeons la rivière. Chaque jour aussi, quelqu’un nous arrête pour nous prendre en photo. Et presque chaque jour, la police vérifie nos passeports. Le paysage, lui, ne cesse de changer. Nous traversons des passages arides où surgissent parfois des dunes de sable, puis des formations rocheuses rouges et ocres, striées de bandes qui dessinent des formes presque irréelles. Quelques kilomètres plus loin, le désert laisse place à un village, aux saules et aux peupliers qui offrent leur ombre, puis aux immenses champs de tournesols et de maïs. Dans les marchés, nous retrouvons les fruits. Fibie veut tout goûter. Elle compose des assiettes entières de melons, de raisins, de pêches, comme si son corps rattrapait quelque chose après le Japon, où nous avions appris à les considérer comme de petits trésors. Au milieu du marché, des hommes jouent au mah-jong. Autour d’eux, la vie continue. Les petits tricycles pétaradent, les camionnettes transportent toujours d’énormes tas d’her...