
Dans un petit village à peine noté sur la carte, nous retrouvons les épiceries regorgeant de fruits et de légumes frais, les produits chinois que nous avions presque oubliés. Pattes de poule, graines de tournesol, pains plats ouïghours.

Et puis il y a les regards.
Au marché, dans la rue, sur la route, on nous demande de prendre des photos de nous, ou plutôt on ne ne demande pas. Les voitures s’arrêtent parfois pour que toute la famille puisse immortaliser l'instant avec nous. Nous sommes devenus, sans vraiment le chercher, une petite curiosité locale.
Nous descendons encore en altitude et entrons dans le désert de Gurbantünggüt, au nord du Xinjiang. À nouveau, le monde s’ouvre. Nu et torride. Une route principale traverse le désert. Une autre, plus petite, longe la rivière, mais ajoute cent cinquante kilomètres. Nous n’hésitons pas longtemps. Nous suivons l’eau.
La route s’étire entre deux lignes de peupliers irrigués. Derrière eux, de vastes espaces nus. Des ruches apparaissent régulièrement le long du chemin.
Mais ce sont les premiers peupliers jaunes qui nous arrêtent nets.
— Quoi ? C’est déjà l’automne ! Mais on n’a eu qu’une semaine de chaud !
Les feuilles nous rappellent brutalement que l’été ici ne fait que passer. Après le désert, les températures vont chuter rapidement.
— On aura passé notre été en doudoune ! s’exclame Nayla.
Le vent, lui, ne nous laisse pas longtemps rêver. Jusque-là dans notre dos, il devient latéral, de travers. Il nous propulse parfois à vingt-cinq kilomètres à l’heure, puis nous jette brusquement vers la circulation. À un moment, Fibie n’arrive même plus à freiner.
La première piste qui s’enfonce dans le désert devient notre échappatoire. Nous la suivons et plantons la tente au milieu de ce rien.
Le lendemain, nous retrouvons la rivière Ulungur. Elle ne rejoint pas la mer. Elle reste prisonnière du bassin de Junggar et termine sa course dans le lac du même nom.
Et avec l’eau revient la vie.
Peu à peu apparaissent les villages kazakhs. Les maisons blanches et bleues. Les yourtes construites en dur. Quelques-unes seulement sont encore couvertes de feutre.
Puis les champs.
Le blé vient d’être fauché. Des réserves de foin s’empilent près des maisons pour affronter l’hiver. D’immenses champs de maïs apparaissent, puis les tournesols.
Après les paysages lunaires que nous venons de traverser, ces milliers de fleurs jaunes nous donnent presque le vertige.
— Regarde ! L’homme est en train de couper les tournesols ! Un à un, il tranche les têtes à la faucille.
— Il y en a tellement ! ajoute Fibie. Quelle travail !
Nous traversons désormais un autre monde. Les Kazakhs ont longtemps vécu avec le mouvement, leurs troupeaux et leurs yourtes. Ici, certains continuent à se déplacer avec leurs animaux, tandis que les villages se sont installés autour de l’eau et des cultures.
- C’est quoi, ces maisons ? Demande Fibie en pointant des structures de brique dans le sable.
- Mais oui ! Je me souviens, répond Xavier. Ce sont des tombes. Nous en avions vu au nord du Kazakhstan.
Même les morts ont leurs maisons. Dans ces cimetières, les mazars ressemblent parfois à de petites forteresses de briques. Pour les Kazakhs nomades, la vie était mouvement, mais la mort exigeait la stabilité. Seules les demeures des ancêtres étaient bâties en dur. Ces mazars servaient d'abri symbolique aux âmes, de repères cruciaux dans les tempêtes de sable, et d'ancrage mémoriel pour le clan au milieu de l'immensité.
Dans les villages, nous retrouvons le thé au lait, les baursaks, ces petits beignets, et toutes sortes de ravioles. Nous prenons le petit déjeuner, et un couple assis à la table voisine nous observe.
Puis le mari va payer notre reaps. Un sourire. Un geste de la main. Bienvenue chez nous !
Ici, les troupeaux sont surtout composés de chameaux. Chaque jour, nous passons à côté de ces animaux au regard presque rieur. Certains s’enfuient dans la steppe à notre approche. D’autres restent tranquillement à mâchonner dans les cours des maisons.
- Et ces maisons ! Elles sont en terre ! S’étonne Fibie.
Nous découvrons les maisons de terre au toit plat, les petites scènes de la vie quotidienne. Une jeune fille fait sa lessive dehors, un tuyau d’eau à la main. Il y a vingt ans encore, dans certains villages, il fallait casser la glace des rivières ou des canaux pour trouver de l’eau en hiver. Aujourd’hui, les réseaux résistent aux froids qui peuvent descendre jusqu’à –40 °C.
Le désert n’est plus vide.
Il est habité, cultivé, parcouru.
Et le soir, nous retrouvons pourtant son immensité.
Nous plantons la tente dans le désert, avec l’horizon pour seul décor.
Celine, Xavier, Nayla et Fibie
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Et si vous veniez vivre quelques jours dans notre monde ?
Après de nombreuses demandes, nous avons enfin décidé d’ouvrir les portes de notre monde et de partager, le temps de quelques jours, une façon de vivre qui est devenue la nôtre.
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