Il fait de plus en plus froid. Le soir, nous enfilons nos doudounes et nous réfugions dans la tente, tandis que la nuit tombe chaque jour un peu plus tôt. Heureusement, le vent nous pousse. Nous voici de nouveau dans les steppes dorées. Nos souvenirs de ces immensités sont teintés de longues traversées, parfois monotones. Pourtant, cette fois, quelque chose nous touche dans ces paysages, jusque dans leurs détails les plus discrets. Les ombres dessinées par les arêtes des montagnes, comme si la terre prenait vie. Le souffle du vent qui balaie les grandes herbes jaunes. L’odeur de l’armoise lorsque nous nous arrêtons pour manger. Peut-être que toute cette traversée depuis la Mongolie a transformé notre regard. Nous nous arrêtons désormais sur des détails qui nous auraient échappé autrefois : le rouge écarlate de quelques plantes, probablement des suédas salés, un aigle qui s’élance au-dessus de nous dans un vol majestueux, le bruissement de ses ailes, les bandes blanches de sel qui app...