Chaque jour, nous longeons la rivière. Chaque jour aussi, quelqu’un nous arrête pour nous prendre en photo. Et presque chaque jour, la police vérifie nos passeports.
Le paysage, lui, ne cesse de changer. Nous traversons des passages arides où surgissent parfois des dunes de sable, puis des formations rocheuses rouges et ocres, striées de bandes qui dessinent des formes presque irréelles. Quelques kilomètres plus loin, le désert laisse place à un village, aux saules et aux peupliers qui offrent leur ombre, puis aux immenses champs de tournesols et de maïs.
Dans les marchés, nous retrouvons les fruits.
Fibie veut tout goûter. Elle compose des assiettes entières de melons, de raisins, de pêches, comme si son corps rattrapait quelque chose après le Japon, où nous avions appris à les considérer comme de petits trésors.
Au milieu du marché, des hommes jouent au mah-jong. Autour d’eux, la vie continue. Les petits tricycles pétaradent, les camionnettes transportent toujours d’énormes tas d’herbe fraichement coupée, et, sur la route, les voitures ralentissent encore pour nous photographier.
Puis le désert reprend ses droits.
La chaleur de l’après-midi est écrasante. Le vent de face nous fatigue. Nous décidons de manger à l’abri de notre tarp sur la terre aride. À peine avons-nous commencé qu’un tourbillon surgit de nulle part.
Les pulls s’envolent. Les bols et les assiettes aussi.
Une rafale dans un sens, puis un coup de vent dans l’autre. Fibie court dans tous les sens. Au même moment, la tarp se soulève, elle s’agite tandis que le réchaud continue de brûler sous la casserole. Chacun sait quoi faire.
En quelques secondes, la tarp est au sol, la casserole toujours sur le réchaud. Rien n’a brûlé. Il ne reste plus qu’à courir après nos affaires.
Nous terminons notre repas en plein soleil.
Plus loin, une petite route nous conduit vers des centaines d’argousiers plantés en longues rangées. Leur ombre est bienvenue. La couleur argentée de leur feuille transforme le paysage. L’horizon disparaît pour la première fois.
Nous nous allongeons même un moment sous les arbres avant de poursuivre.
Dans un village, nous faisons le plein d’eau et de nourriture. La police nous arrête encore:
- Où allez-vous dormir ? Nous interroge-t-il.
La question est légitime. Le problème, c’est que les hôtels de ces petites villes n’acceptent pas les étrangers. Nous sommes donc censés leur dire où nous allons dormir, alors que nous ne pouvons pas dormir à l’hôtel.
Un dilemme parfaitement chinois.
Ils cherchent surtout à être rassurés. Nous les rassurons et leur donnons un nom d’hotel dans la prochaine ville. Mais quelques kilomètres plus loin, après une journée de 90 km, nous trouvons une petite rivière cachée derrière quelques arbustes. Nous n’irons pas plus loin, mais la police ne le sait pas.
Le lendemain, la pluie tombe.
La température chute brutalement. Comme un rappel, que l’été, bien qu’il vienne de commencer pour nous, ne va pas durer.
Après plus de 20 kilomètres, nous nous réfugions dans un restaurant de nouilles. Des wontons, une soupe épicée, des vermicelles de verre dans un bouillon de bœuf. Dehors, une averse gigantesque s’abat sur la rue.
Pour une fois, nous sommes exactement là où il faut être.
Nous arrivons finalement à Fuhai. À peine entrés dans la ville, un homme en civil commence à nous suivre. Il nous demande nos passeports.
Nous lui demandons sa carte de police.
Il ne nous présente rien et nous demande d’attendre.
Alors nous partons. Nous sommes fatigués. Nous voulons simplement rejoindre un hotel.
— Il nous suit ! s’exclame Fibie en regardant derrière elle. "L’homme tout en noir est maintenant sur un vélo, et il nous poursuit."
Nous arrivons dans un hôtel. Une autre personne, toujours habillé de noir, veut à nouveau voir nos passeports.
Xavier lui demande aussi de nous montrer sa carte de police. Il ne nous présente rien… mais un petit groupe de policier en uniforme débarque alors dans le hall. Ils nous observent, sans nous parler.
Nous savons que dans cette région, les contrôles font partie du quotidien. Parfois en uniforme, parfois non. Sur les routes, dans les villes et villages. Pour nous, étrangers, les passeports sont vérifiés encore et encore. Les hôtels doivent enregistrer notre présence auprès de la police.
Le deuxième « agent » semble plus sympathique. Pose des questions «innocentes», et trente minutes plus tard, un autre policier en uniforme arrive et vient nous interroger. Entre-temps, la réceptionniste a déjà photocopié nos passeports et nous a enregistrés dans le système.
La police ne prend même pas le temps de regarder nos passeports. Ils voulaient simplement s’assurer que nous étions bien enregistrés dans un hôtel officiel.
Nous montons enfin dans notre chambre.
Mais Fuhai ne nous laisse pas beaucoup de temps pour souffler.
Nos vélos commencent à nous rappeler qu’eux aussi ont leurs problèmes.
Et Fibie a mal à une dent.
Celine, Xavier, Nayla et Fibie
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Retrouver son propre rythme
5 jours / 4 nuits dans l’immensité de la steppe mongole
Ralentir. Respirer. Se reconnecter.
Quelques jours pour s’éloigner du rythme habituel, vivre au plus près de la nature et découvrir une autre façon d’habiter le temps. Dans l’immensité de la steppe mongole, nous vous invitons à ralentir, à respirer profondément et à retrouver de l’espace — autour de vous, comme en vous.
Un retour à l’essentiel, dans l’immensité de la steppe mongole
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