Le ciel change brusquement. Un orage approche, le vent se lève et les premières gouttes commencent à tomber. Nous avons à peine le temps de ramasser nos affaires avant de nous mettre à l’abri. Nous attendons sous les arbres que la colère du ciel passe.
Puis, peu à peu, tout se calme.
La rivière continue de couler. Les aigles tournent à nouveau au-dessus des falaises.
Au réveil, nous nous baignons encore. Impossible de partir sans en profiter une dernière fois.
Quelques virages encore dans le canyon étroit, puis soudain, nous en sortons. L’espace s’ouvre à nouveau. Immense jusqu’aux prochaines montagnes au loin. L’horizon revient, comme toile de fond.
Après le canyon, cette ouverture est presque physique. Elle libère le regard, l’esprit, le corps. Et pourtant, nous entrons à nouveau dans le désert. Les paysages deviennent rouges, minéraux, écrasés par la chaleur. Le vent revient de face.
Des terrains sablonneux, des chameaux, quelques saxaouls.
Et ce vaste et somptueux rien jusqu’à la prochaine rivière.
Le thermomètre grimpe. L’air est si sec que nos narines nous font mal. Toute l’humidité semble avoir disparu. Nous rejoignons finalement Üyench. Dans un petit café, nous buvons un thé au lait, remplissons nos vaches à eau et faisons quelques provisions. Nous trouvons même de l’asman, du lait de chamelle fermenté. En bouteille de deux litres. Un véritable élixir du désert.
La route reprend sous une chaleur torride. Les paysages deviennent lunaires. Cette sensation d’être ici, dans ce coin du monde, nous fait frissonner.
Nous poussons nos vélos pendant un kilomètre dans le sable pour rejoindre un lieu isolé, caché derrière des formations rocheuses. Derrière nous, les hautes montagnes de l’Altai. À l’ouest, les dunes.
Nous grimpons sur les rochers avec un verre d’asman à la main. Le soleil descend lentement sur ce monde sans limite.
Le silence est profond. Nous nous sentons dans une expansion de tout notre être, comme si notre monde intérieur pouvait, lui aussi, s’étendre à l’infini.
Au matin, des chameaux apparaissent.
Puis, à nos pieds, un scorpion. En une seule journée, nous sommes passés des yaks au scorpion. Quel anniversaire pour Fibie !
Nous repartons avec cette rencontre étrange, émerveillés de cette vie qui nous entoure et de la beauté d’être là, simplement.
Derrière l’ovoo, une descente de plus de 30 kilomètres nous conduit jusqu’à Burenkhairkhan. Nous retrouvons quelques maisons aux traits d’Asie centrale, des bottes de foin et des camionnettes chargées d’herbe.
- Ce ne sont pas des camions, ce sont des Trollck (mi-truck, mi-troll) ! S’exclame Xavier.
Plus loin, les arbres réapparaissent, le long de la grande rivière Bulgan. Leur ombre a presque quelque chose d’irréel. Avec cette chaleur, impossible de résister : nous nous y arrêtons pour nous baigner.
Nous poursuivons ensuite en direction de la frontière. La température monte encore. Fibie devient rouge. Nous humidifions son T-shirt et son bandana pour aider son corps à supporter la chaleur. Sur le bitume, le thermomètre affiche 45 °C. Nous luttons contre la fournaise Et, bien sûr, le vent est de face.
Nous passons notre dernière nuit en Mongolie dans ces paysages désertiques.
Au matin, un nomade s’arrête avec sa moto. Il se pose près de nous et nous observe longuement, sans un mot. Nous allons à sa rencontre. Il sourit enfin. Quelques mots, quelques gestes, puis nous finissons par rire ensemble. C’est peut-être ce qui nous touche le plus ici : cette manière simple d’entrer en relation. Une curiosité, une présence, puis le sourire.
Nous avons rencontré une générosité et une simplicité qui nous ont profondément marqués. Et derrière tout cela, une incroyable résistance. Celle de peuples qui continuent à vivre dans ces paysages, à transmettre leur culture nomade malgré les changements qui transforment peu à peu la Mongolie.
Les Mongols changent peut-être, mais quelque chose de leur esprit nomade reste profondément relié à cette terre.
Alors que nous roulons vers la Chine, une ligne de camions apparaît. Dix kilomètres de camions, peut-être davantage. La file s’étend au-delà de notre regard, transportant le charbon des mines. Le contraste est saisissant.
Nous rencontrons quelques camionneurs et partageons avec eux un peu de notre tsuivan, ces pâtes fraîches maison sautées.
Et une dernière question nous traverse :
Est-ce que le goût du mouton est moins prononcé…
ou est-ce simplement que nous nous sommes enfin habitués ?
Celine, Xavier, Nayla et Fibie
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