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Un anniversaire au bout du canyon


Nous venons de traverser notre plus haut col, à près de 3’000m, luttant contre un vent contraire dans un paysage minéral, lorsque s’offre enfin à nous une longue descente de plus de 70 kilomètres. La vallée se resserre peu à peu jusqu’à devenir un immense canyon. La rivière dessine une bande de vert dans ce monde de pierre. Après les vastes espaces, nous entrons dans un paysage plus intime, délimité par les parois rocheuses et les montagnes. Le vert apaise. L’eau qui coule aussi.


Et puis apparaissent les yourtes blanches, entourées de troupeaux de yaks, de moutons et de chèvres. Les chevreaux gambadent, les petits yaks traversent la rivière et quelques yourtes fument au loin. Nous glissons avec un vent de dos qui nous pousse avec légèreté dans ce monde nomade.


La vallée se resserre encore. Les montagnes s’élèvent autour de nous, rouges et ocres, contrastant avec le vert tendre de l’herbe. Même pour nous, ce vert est doux. Portés par le vent et la légèreté de la descente, nous oublions le col, la pluie et le froid.


Le soir, nous plantons la tente près du ruisseau. Une baignade nous fait un bien fou. L’eau est fraîche, revigorante. Nayla et Fibie dessinent sur de gros rochers pendant que les taureaux viennent leur dire bonjour. Puis la nuit tombe et la voûte céleste apparaît, incroyablement claire, encadrée par les ombres des montagnes.

Au matin, ce sont les yaks qui viennent nous réveiller.

C’est l’anniversaire de Fibie.



Il y a une douceur particulière dans l’air. Peut-être est-ce le chant de la rivière, la vie autour de nous, ou simplement cette journée qui commence autrement.

Nous entrons dans le coeur du canyon. Bientôt, il ne laisse plus de place qu’à la rivière, à la route et aux montagnes rouges. Un pan de montagne forme un pont naturel magnifique. Nous nous asseyons les pieds dans l’eau et buvons un café face à cette immense formation rocheuse.


Lentement, le corps se ravive, nourri par la vie qui nous entoure, avant de repartir dans l’antre du canyon.

Soudain, l’exclamation de Nayla brise le silence : — Des arbres !


C’est le cadeau d’anniversaire de Fibie.

Des arbres pour grimper. De l’ombre pour se protéger. De l’eau pour se baigner. Cela peut sembler bien peu. Pour nous, dans ce contexte, c’est un véritable trésor.


Nous trouvons un petit espace protégé sous les arbres. Un saule offre une branche où s’allonger et la rivière coule à flot au pied des falaises. Un petit bassin et un rocher offrent une piscine naturelle pour nager et sauter, sous le regard d’une dizaine d’aigles qui nichent dans les parois.


Pourtant, nos réserves de nourriture sont quasi nulles. Je fais les dix kilomètres qui nous séparent d’Altai pour trouver quelques provisions. À mon arrivée, un seul magasin est ouvert. Rien de frais. Quelques conserves dont la date de péremption est déjà passée. J’y trouve néanmoins un petit biscuit roulé qui fera office de gâteau d’anniversaire. Et deux bières. Cela suffira.

Nous passons l’après-midi dans la rivière avant de célébrer les neuf ans de Fibie. Le lieu est doux. Sous les arbres, nous avons presque l’impression d’être protégés des éléments.


Je pense à sa huitième année. À tout ce qu’elle a déjà traversé : La Mongolie à vélo, les longues journées, la fatigue, et cette immense chute dont son corps porte encore les marques, malgré une guérison incroyable.

Et surtout, je la vois remonter sur son vélo. Encore. Continuer.

Et puis il y a les pastèques. Celles dont elle rêve et qui apparaissent comme par magie.

Peut-être que les anniversaires sont faits de cela : des moments simples dans des lieux que l’on n’aurait jamais imaginés. Se réveiller au milieu des yaks. Recevoir un biscuit roulé dans une épicerie presque vide. Avoir des arbres comme cadeau.

Et être ensemble pour les recevoir.


Celine, Xavier, Nayla et Fibie
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