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Quand l’immensité devient l’enseignant

D'étonnantes formations rocheuses apparaissent au loin. Rondes, empilées les unes sur les autres, elles ressemblent à d'immenses piles de galets déposées au milieu de la vallée. Elles donnent du caractère au paysage et attirent immédiatement notre regard.


Depuis quelques jours, les filles s'interrogent sur les nombreuses carcasses que l'hiver a laissées derrière lui. Un crâne de cheval blanchi par le soleil. Les os d'un mouton éparpillés dans l'herbe. L'odeur d'une dépouille que le vent porte jusqu'à nous.


Au début, elles détournaient le regard.

Aujourd'hui, elles s'arrêtent, observent et posent des questions.


Dans les steppes, la vie et la mort cohabitent simplement. Les troupeaux paissent à quelques mètres d'animaux qui n'ont pas survécu à l'hiver. Peu à peu, ces traces deviennent elles aussi des éléments du paysage, au même titre que les pierres, les montagnes ou les bouteilles de vodka abandonnées que l'on découvre parfois au milieu de nulle part.

C'est aussi cela leur école. Une école où l'on apprend en observant, en ressentant, en vivant les choses directement. Une école où l'expérience laisse une empreinte plus profonde qu'une leçon apprise dans un livre.


Aujourd'hui, nous trouvons une immense plume. Une plume de vautour moine. Fibie s'en empare aussitôt et court contre le vent, imitant l’oiseau roi des steppes. Puis elle revient à l'une de ses activités préférées du moment : les roues. Des dizaines de roues. Jusqu'à ce qu'elle ait une nouvelle idée.


Prendre un verre rempli d'eau dans une main. Et faire la roue sans en renverser une seule goutte, comme une métaphore parfaite de notre vie: trouver la stabilité au coeur du mouvement, grader l’essentiel même quand tout tangue. Après plusieurs essais, elle y parvient sous nos applaudissements.

Nous reprenons ensuite la piste. Une rivière barre notre route. Comme souvent, nous nous arrêtons pour l'observer. Nous évaluons la profondeur, cherchons le meilleur passage, changeons de chaussures puis nous nous lançons. Avec un peu d'élan, tout le monde atteint l'autre rive sans difficulté. Seul le sable collé aux pneus nous rappelle la traversée.


La piste s'élève progressivement vers un col. Au loin apparaît une yourte entourée d'un troupeau de yaks. Les filles sont ravies de retrouver ces grands bovidés poilus qui semblent toujours sortir d'un autre temps.


Soudain, les animaux se mettent à courir en direction de leur campement. Quelques minutes plus tard, nous comprenons pourquoi. Alors que nous atteignons le sommet, le premier coup de tonnerre résonne dans la vallée.

Derrière nous, d'épais nuages noirs s'accumulent. La tempête arrive.

Nous redescendons rapidement. Quelques gouttes frappent nos vestes, puis l'orage poursuit sa route et nous épargne finalement.

Plus loin, un second col nous ouvre les portes d'une petite vallée isolée. Aucune yourte à l'horizon. Aucune fumée. Aucune présence humaine.


Seule une rivière serpente dans une bande d'herbe verte. Tout autour, les montagnes sont sèches et arides. L'eau est rare ici. Celle de la rivière est brune et dégage une odeur peu engageante, mais nous n'avons pas d'autre choix. Nous la filtrons soigneusement avant de remplir nos réserves.


Au-dessus de nous, plusieurs vautours décrivent de larges cercles dans le ciel. Puis, alors que nous terminons de monter la tente, le sol se met soudain à vibrer. Un troupeau de chevaux arrive au galop. Les poulains suivent tant bien que mal leurs mères, bondissant dans l'herbe comme s'ils jouaient. Nous les observons passer dans la lumière du soir. Le ciel s'étend toujours aussi vaste au-dessus de la vallée.



Et malgré la beauté du lieu, nous sentons la fatigue dans chaque muscle. La piste a pris toute notre énergie aujourd'hui.


Mais tandis que le soleil disparaît derrière les montagnes, nous envoyons aussi un élan de gratitude pour la joie d’être ici, ensemble.



Céline, Xavier, Nayla et Fibie




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