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L’école des horizons


Le ciel s'étend au-dessus de nous, vaste, infini.

Pourtant, nous sommes épuisés. La piste a puisé dans chacune de nos réserves. Chaque kilomètre a demandé de la patience. Chaque montée a semblé plus longue que ce qu'elle laissait imaginer. C'est peut-être cela que la Mongolie fait de plus remarquable.

Elle ne se laisse pas simplement visiter. Elle se vit.


Peu à peu, elle vous absorbe dans son rythme. Les distances deviennent réelles. L'eau que l'on trouve, le lieu où l'on plante la tente, la météo qui change sans prévenir : tout reprend soudain une importance essentielle.

Une fois plongé dans les steppes, on n'en sort plus à sa guise. Il n'y a pas de refuge au prochain virage. Pas de raccourci confortable. Pas de parenthèse lorsque le vent se met à souffler avec la force d'un élément qui règne ici depuis toujours.



Pendant plusieurs jours, nous sommes entièrement dépendants de ce que nous transportons, de ce que nous trouvons, et de ce que la terre accepte de nous offrir.

Nayla et Fibie se préparent à cela depuis des années sans vraiment le savoir. Pas à travers un entraînement particulier. Simplement à travers cette vie. Par tous ces matins où il a fallu repartir malgré la fatigue. Par tous ces cols gravis un coup de pédale après l'autre. Par toutes ces nuits où la pluie tambourinait sur la toile de tente. Par toutes ces situations où il fallait avancer sans savoir exactement ce qui nous attendait. Chaque voyage leur a appris à composer avec l'incertitude. Chaque col, chaque tempête, chaque détour imprévu a laissé une trace discrète en elles.


Parfois, les steppes nous engloutiront dans leur immensité. Le vent nous repoussera avec une force inattendue. Les orages assombriront le ciel sans prévenir. Et pourtant, nous serons là. À pédaler. À chercher de l'eau. À monter le camp. À traverser une journée de plus.

Puis vient un moment où la préparation ne suffit plus. Lorsque nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, il reste une autre étape.

Faire naître en nous une forme de confiance.

Non pas la certitude que tout se passera bien, mais la conviction profonde que nous saurons accueillir ce qui viendra.


Pour nos filles, ces paysages enseignent quelque chose de précieux. Pas l'aventure. Pas la performance. Encore moins le dépassement de soi à tout prix.

Ils enseignent la résilience, cette capacité à continuer malgré l'inconfort.

À trouver sa place dans un monde qui ne s'adapte pas à nous.

À découvrir que le courage est souvent beaucoup plus discret qu'on l'imagine.

Parfois, il consiste simplement à remonter sur son vélo après une journée difficile.

À traverser une rivière glacée.



À goûter une nouvelle fois cette viande de mouton dont on n'apprécie toujours pas vraiment le goût.

À sortir de la tente alors que le vent froid fouette déjà le visage.

La résilience c’est comprendre qu’il ne s’agit de pas lutter contre le vent, mais apprendre à vivre avec lui.

C’est ne pas attendre que les conditions sont parfaites mais accueillir la beauté qui nous est offerte. Les fleurs qui s’épanouissent au bord de la rivière boueuse, le rire des filles dans la tente alors que l’orage gronde au loin, les lumières du soir qui embrasse l’horizon après une journée éprouvante.

Peut-être est-ce cela que les steppes nous enseignent.

Que la force ne naît pas du contrôle. Elle naît de notre capacité à participer pleinement à la vie.

Accueillir la pluie comme le soleil. L'abondance comme le manque. Les journées faciles comme les journées difficiles.

Puis choisir, encore une fois, d'avancer.

Demain, la piste sera toujours là. Le vent aussi.

Mais quelque part derrière les collines, un nouvel horizon nous attend déjà.


Céline, Xavier, Nayla et Fibie





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