Le vent dort encore.Nous en profitons. À six heures du matin, la vallée est silencieuse. Les yaks broutent autour de la tente lorsque nous quittons notre bivouac. Les montagnes sont déjà là, immenses, mais elles semblent presque paisibles avant le réveil du vent.

Car ici, il finit toujours par arriver. Avant midi. Parfois plus tôt. Souvent plus fort que la veille. Mais toujours présent.
Depuis plusieurs jours, notre traversée de la Mongolie ressemble à un étrange dialogue avec lui. Nous roulons tôt. Lui finit toujours par nous rattraper. Puis nous passons le reste de la journée à négocier.
Depuis Tsetserleg, les cols s'enchaînent. À chaque sommet, un ovoo veille sur la vallée suivante. Nous faisons une courte pause, observons l'horizon, puis replongeons dans un nouveau monde.

Les montagnes semblent infinies. Les distances aussi.
Un matin, nous profitons du calme pour parcourir vingt kilomètres avant le déjeuner. Puis nous repartons vers le col suivant. La montée s'étire pendant des heures. Le vent s'est levé.

Fibie est épuisée. Alors je tire son vélo à l'aide d'un élastique. Je lutte contre le vent et la gravité.

— C'est encore loin ?
— Pas très loin.
— Tu as déjà dit ça tout à l'heure.
Elle n'a pas tort.
Le soir, nous trouvons refuge dans une forêt de mélèzes. Après tant de jours dans la steppe ouverte, les arbres procurent une sensation étrange: celle d'une protection. Comme si quelqu'un avait enfin construit un cocon dans cet univers sans limites.

Les jours suivants, les paysages changent sans cesse. Une rivière a creusé d'impressionnantes gorges dans la steppe. Derrière le col suivant apparaissent des vallées plus arides où l'herbe jaunit sous le soleil. Au loin, des sommets enneigés ferment l'horizon.

Certaines régions semblent vivre grâce à la rivière qui serpente dans une plaine verte où fleurissent les yourtes. D'autres paraissent plus austères. Les campements d'hiver, blottis dans les replis du terrain, rappellent la rudesse de ce monde. Parfois, les distances semblent se dilater jusqu'à devenir presque irréelles, comme dilatées.

Chaque bivouac ouvre un nouvel univers. Il y a la nuit au sommet d'un col, perdus dans un monde sans limites. Il y a le petit marais trop proche du village. Et puis il y a ces troupeaux de yaks, toujours plus nombreux à mesure que nous remontons vers le nord, comme les gardiens silencieux de températures plus fraîches.
— Regarde le chevreau !
Les rires des filles résonnent dans la vallée. Elles sont désormais habituées à laisser passer les troupeaux de moutons, de chèvres, de yaks ou de vaches, et à voir les chevaux galoper dans la steppe.
Puis soudain, le ciel s'assombrit.
En Mongolie, les orages transforment le paysage. Les contrastes deviennent saisissants. Une colline s'illumine tandis qu'une autre disparaît derrière un rideau de pluie. Cette fois, c'est une yourte blanche qui surgit de la lumière devant un horizon presque noir.

Le tonnerre gronde. Puis le vent se met à hurler. Nous luttons contre des rafales tempétueuses. Il n'y a rien pour s'abriter. Soudain apparaît un bâtiment isolé : Happy Yak Cheese. Il est fermé, mais un mur suffit. Nous nous réfugions derrière lui tandis que la tempête éclate autour de nous.
Les bourrasques sont si puissantes que la pluie semble traverser l'air à l'horizontale. Nous ne recevons pas une goutte alors que les éléments se déchaînent à quelques mètres.
Quelques minutes plus tard, tout redevient calme. Comme si rien ne s'était passé.
Le soir, nous atteignons le lac Terkhiin Tsagaan. Bleu indigo, posé au pied des montagnes. Des chevaux galopent dans la lumière du soir. Les yaks paissent près de l'eau. Une famille s'installe non loin de nous.

Les enfants jouent ensemble. Nous échangeons quelques sourires tandis que l'odeur du mouton mijotant depuis des heures s'échappe d'une casserole. Ils observent notre matériel. Nous rions ensemble et partageons quelques aaruul, ces yaourts séchés symbole des étés en Mongolie.

Le lendemain, le vent est déjà réveillé. Glacial. Une nouvelle journée à gérer l'eau, les provisions et la météo. L'autonomie est devenue notre quotidien. Trouver une source. Filtrer l'eau. Remplir les gourdes. Chercher quelques légumes dans un mini-market isolé. Une betterave nous remplit de joie. Un concombre devient une fête.

Cette fois, ce sont d'étranges formations rocheuses qui nous accueillent avant le plus haut col de notre itinéraire. Plus de 2 500 mètres d'altitude sur une piste de terre. Heureusement, un petit torrent de montagne nous offre une pause, délicieuse. Puis, nous faisons la course avec quelques camions lourdement chargés. Au sommet, un stupa et un ovoo se dressent côte à côte, comme si traditions et spiritualité s'unissaient face à la puissance de la montagne. Ici, quelques névés résistent encore au début de l'été.
Puis, comme pour marquer le contraste, nous rejoignons une vallée préservée. Elle est verte, paisible et bordée de somptueux mélèzes. Un immense yak mâle nous observe traverser plusieurs rivières pour rejoindre notre lieu de repos. Là entre quelques mélèzes souverains, nous nous sentons protégés. Puis un cavalier apparaît, fier sur son cheval. Il vient chercher son troupeau de moutons et de chèvre.

Le matin suivant, nous repartons dans des paysages encore plus vastes. Au petit-déjeuner, un berger et son chien nous regardent manger. Avant de repartir, il nous prête ses jumelles pour observer les troupeaux dispersés dans la vallée.

Cette fois, les montagnes deviennent plus minérales. Des falaises s'élèvent au-dessus de nous. Des dizaines de vautours les surveillent depuis les rochers.
La Mongolie est magnifique. Pourtant, elle demande de l'énergie, de la patience et une certaine humilité.
Ici, tout semble plus grand que nous : le ciel, le silence, les distances.
Céline, Xavier, Nayla et Fibie
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