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Des œufs tout nus et des montagne sacrées


Ce matin, nous laissons nos vélos pour grimper vers un temple perdu dans la montagne. Dès l’arrivée au pied du relief, les ruines gigantesques d’un ancien temple du XIVe siècle surgissent devant nous. Puis le sentier commence à grimper. Il s’enfonce dans une forêt de pins parfumée, longe une source sacrée, avant de déboucher sur le temple principal.





L’architecture est magnifique, peinte de vert. Un vert vivant, vibrant, comme si le temple respirait au rythme du printemps coréen. Ici, tout semble s’éveiller en même temps : les arbres, les oiseaux… et nous aussi.


Plus haut, des formations rocheuses de granit beige apparaissent entre les branches. Rondes, douces, presque irréelles, comme sculptées.


« On peut monter là-haut ?! » s’écrient les filles, déjà prêtes à bondir.


Évidemment, impossible de dire non à cette énergie-là. Alors nous grimpons encore. Le sentier se rétrécit, devient plus raide, plus sauvage. Puis arrivent les cordes, les passages sécurisés dans la roche ; les filles accélèrent encore. Elles filent comme le vent pour rejoindre le sommet. Les voir escalader ces pierres avec autant de joie donne soudain à ce moment en une autre dimension. Pour elles, ce n’est plus une marche : c’est un terrain de jeu suspendu au-dessus du monde.


Sur nos vélos, nous longeons à nouveau les rivières, comme si elles guidaient le voyage. La Corée nous impressionne toujours autant par ce gigantesque systèmes de pistes cyclables.


"Il y a même des ronds-points pour cyclistes ici ! "s’exclame Nayla, avant de repartir aussitôt pour un deuxième tour, simplement pour le plaisir.

Et surtout, quel bonheur de rouler loin des voitures, parce qu’en Corée, les voitures filent à haute vitesse.


Puis la ville se rapproche, jusqu’aux portes de Séoul. Les immeubles grandissent, les rues deviennent plus denses, les marchés plus bruyants, plus vivants. On aime s’y perdre. Nous aimons ces lieux où tout se mélange, où l’on choisit des plats sans toujours savoir ce que l’on prend. Fibie, elle, retrouve enfin une pastèque qu’elle attendait depuis longtemps. Cela suffit à illuminer sa journée.


Pour dormir, on décide de s’arrêter dans un jimjilbang, un sauna coréen. L’homme à l’accueil est si enthousiaste que toutes les hésitations disparaissent. Nayla n’en gardent aucun souvenir, nous voulions lui offrir à nouveau cette expérience, et une nouvelle découverte pour Fibie.


L’entrée est valable pendant quinze heures. Nous allons y passer la nuit.

Nous entrons dans les bains, séparés, nus, dans une simplicité déroutante. Il y a les saunas, les bains brûlants, celui au ginseng...

Puis Nayla aperçoit un énorme plateau d’œufs vendu juste à côté des bains.

« Ici, on peut même acheter des œufs en étant tout nus ! » lance-t-elle, en rigolant.

Ensuite, nous enfilons de grands pyjamas pour rejoindre les espaces communs. Il y a d’autres salles chaudes, dont l’une possède des pierres de sel roses. Nous dégustons des nouilles coréennes au milieu de tout le monde. C’est un endroit pour partager, échanger, se distraire et prendre soin de soi. Au même moment, l’homme de l’accueil nous offre de goûter les boissons locales, à base de sésame.


Nous nous installons dans de petites cavités pour dormir. D’autres sont couchés un peu partout dans cet espace commun, comme si nous faisions tous partie de la même famille. Chacun prend sa petite natte. C’est définitivement une expérience en soi. Au petit matin, Fibie saute déjà dans les bains froids avec une joie contagieuse, comme si ce lieu était un terrain de jeu infini.


« C’est génial ! on peut prendre des saunas tout le temps ! s’exclame-t-elle. Même au réveil ! Et même pendant la nuit ! » s’exclame-t-elle.

Je regarde les filles et je réalise à quel point leur ouverture au monde est immense. Pour elles, tout cela est naturel. Dormir au milieu d’inconnus, entendre des ronflements coréens à trois heures du matin, être nues au milieu des femmes, entendre un hurlement puis se rendormir… tout devient une aventure drôle et joyeuse.

Nous rencontrons ensuite Sun, de Montbell Korea. Son énergie est directe, dynamique. Elle est drôle, ouverte, passionnée. Fille d’une des plus grandes compagnies du pays, la discussion tourne autour de l’outdoor et de ce qu’il peut représenter pour les enfants. Nous repartons avec une sensation d’élan, d’optimisme, avant de tomber nez à nez avec un couple allemand rencontré au Japon. Les chemins se croisent par magie.


Le soir, nous dormons dans un immense parc. Le soleil s’y couche comme une boule de feu. Au réveil, un homme nous offre des gaufres et un café, simplement, avec un gigantesque sourire. Faisant écho à toute la générosité coréenne.

Nous devons encore trouver des cartons pour nos vélos. Mission accomplie sauf que nous devons tout transporter sur nos vélos, y compris ces énormes cartons ! Equilibre précaire. Cette fois, les vélos tanguent dans tous les sens.


15 km ! Nous allons y arriver ! Nous roulons la dernière section de pistes cyclables puis traversons un pont suspendu pour rejoindre l’île de Yeongjongdo.


Depuis notre arrivée, Fibie apprend le coréen avec passion. Elle a même dessiné un alphabet sur sa sacoche avant. Nayla l’a suivie. Toutes les deux s’amusent à déchiffrer les panneaux. Et Xavier s’y met aussi, sauf qu’il se souvient déjà de nombreux symboles.


Plus tard, nous regardons un documentaire sur la séparation de la péninsule coréenne ainsi que sur la Corée du Nord, pour donner une autre profondeur à tout ce que nous avons ressenti le long de la DMZ.



Et soudain, j’ai une sorte de flash.
Fibie parle japonais. Puis elle essaie de lire une lettre en coréen. Ensuite elle répond en anglais à sa sœur avant de demander comment sera le cyrillique en Mongolie.

À cet instant, je mesure tout le chemin parcouru ensemble. Le décalage immense entre la vie telle que j’aurais pu imaginer autrefois… et celle qui nous emmène aujourd’hui tellement plus loin que tout ce que j’aurais pu rêver.

 Céline, Xavier, Nayla et Fibie


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