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Des montagnes jusqu’aux lumières de la ville

Ça monte encore et encore, une pente à 14 % sur 1,5 km, mais les chiffres ne disent pas grand-chose de ce que l’on ressent. La nouvelle route grimpe droit dans la montagne, sans chercher à l’éviter, sans détour, comme si elle refusait toute négociation avec le relief.



« Comment font-ils ici en hiver ? quand tout doit disparaître sous la neige ? ». Cette question revient surtout pour occuper mon esprit, pour masquer l’immense frustration de cette montée qui semble ne jamais vouloir finir. Alors qu’on voit se dessiner l’ancienne route en serpentin…

Il nous faut une heure pour hisser les vélos, à la force des bras. Une heure lente, d’un effort intense où l’on monte, puis redescend chercher les filles, pour remonter encore. Les gestes s’enchaînent comme un mouvement sans fin. La Corée nous surprend ainsi à chaque col, avec ces pentes qui semblent toujours plus raides que les précédentes, comme si le paysage testait notre obstination. Surtout avec le poids de nos vélos chargés. Les descentes, elles, ne sont pas plus tendres. Parfois Fibie file devant, happée par la vitesse, et nos appels se perdent dans le vent.

Et malgré tout, ce chemin, nous ne voudrions en rien le changer.

Il nous appelle. Jusque dans son nom, le chemin de la paix, c’est inspirant, même dans l’effort. Et puis il y a cette fluidité. La nature qui nous accueille pleinement et le printemps qui éclate partout. Un élan puissant. Des arbres vert vif, de la lumière, des pistes cyclables parfaites qui traversent les vallées. Les maisons traditionnelles apparaissent, magnifiques, avec leurs grandes jarres à kimchi posées dans les jardins. Puis d’autres se dessinent originales, innovantes, différentes.


Un jour, on découvre même une piste cyclable flottant sur l’eau.


« Incroyable… » murmure Nayla.
C’est évident : il faut passer par là.
« C’est génial de rouler sur l’eau ! » hurlent les filles.


Au moment de retrouver la terre, on s’enfonce dans un petit sentier forestier. Il devient un passage en VTT. Pour le plus grand bonheur des filles. Elles rient, secouées par les racines et les virages.


Le soir, nous nous arrêtons près de la rivière, avec pour célébrer un apéro makgeolli, cette boisson alcoolisée laiteuse. Le lendemain, nous restons pour une journée de pause. Dans la petite ville, les ruelles dégagent des odeurs discrètes de la Corée, une animation tranquille du marché, quelque chose de vivant. Plus tard, nous nous lavons les cheveux dans l’eau glacée de la rivière. Le froid est violent, presque insupportable, le cuir chevelu brûle sous l’eau, et pourtant le corps se relâche ensuite dans une sensation de clarté étrange.


Ce matin, nous déjeunons simplement, avec du tofu qui rappelle la texture d’un fromage blanc. Alors nous ajoutons des épices, pour relevé le tout. Tout paraît simple ici, presque évident.

Les cols se poursuivent. Puis un pont domine une rivière qui se s’élance sur des rochers immenses et plats. Le paysage est d’une beauté saisissante. Des panneaux interdisent la baignade. On apprend qu’il y a eu trop de noyades en Corée, au point que des maîtres-nageurs sont devenus obligatoires. Les enfants n’apprennent plus à nager.


Cette réalité contraste avec la puissance du lieu, et laisse une impression étrange. Comme si les sociétés modernes avaient peu à peu déplacé l’apprentissage vers l’esprit seul, en oubliant ce que le corps comprend lui aussi : le courant d’une rivière, le froid, l’équilibre, le risque, la confiance. Alors beaucoup d’enfants grandissent loin de cette relation instinctive au monde physique et à leur corps.


Plus loin, une petite rivière nous accueille. Le lieu est paisible. On s’y baigne. Et nous dormons juste à côté, l’instant est fragile. La lune illumine la nuit.


Et là, la Corée change de visage.

Les montagnes laissent place à des villes nouvelles, verticales, qui surgissent comme des champignons de béton et de verre.

On arrive à Okjeong-dong.

Woo nous accueille et nous invite chez lui, dans un appartement entièrement réservé aux invités. Le soir, on découvre la ville de nuit. Pour la première fois, l’air est doux. Etonnamment chaud. Les terrasses sont pleines. Il y a une énergie nouvelle, quelque chose de léger dans cette soirée. On sent la ville respirer autrement. Nous avons rarement l’occasion de découvrir les villes de nuit, alors on savoure cette ambiance, les lumières, l’animation. Le lendemain, sa famille nous invite à un buffet coréen. Une succession de petits plats, de goûts, de découvertes : des piments, de l’ail, du kimchi, des algues, du hoe : ce poissons cru coréen et le célèbre barbecue.


 Céline, Xavier, Nayla et Fibie


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