Nous posons le pied en Corée du Sud, dans le petit port de Donghae. Il n’y a qu’un ferry par semaine. C’est une arrivée discrète, presque inaperçue.
Le Japon occupait encore tout l’espace en nous. Nous n’avons rien préparé. Alors nous arrivons ainsi, ouverts, un peu perdus, comme au seuil d’un nouveau monde.
À la sortie de l’immigration, une grosse poule, un coq majestueux traversent la rue. Premier signe que quelque chose change. Comme un clin d’œil du réel. Comme un rappel aussi; ici, on roule à droite !
Alors nous avançons les sens éveillés.
Très vite, une autre énergie se fait sentir. Les voix sont plus franches, plus présentes. Une chaleur différente émerge, moins retenue, plus directe. Comme si chacun occupait pleinement sa place.
Il y a aussi une sensation d’ouverture. La Corée du Sud a toujours été un territoire de passages pour moi. Un espace où je peux me retrouver, me réaligner. Où de nouvelles voies apparaissent, presque naturellement. Les intuitions émergent avec plus de netteté. Elles ne restent pas suspendues; elles descendent, prennent forme, cherchent à s’ancrer dans le réel. Il y a une fluidité particulière, presque invisible, qui relie ce que je ressens à ce qui peut exister.
Puis, au premier carrefour, un signe attire notre regard : zero waste.
Un peu plus loin, trois boîtes postales insolites. Des lettres pour le futur — à destination de 2027, 2028, 2029.
Et là, quelque chose se révèle.
Un mouvement. Une dynamique. Une Corée tournée vers demain.
Une innovation vivante, nourrie de nouvelles idées, de nouveaux paradigmes. Une manière de construire, d’imaginer, d’oser autrement. Il y a ici une sensation de vie profonde. Dans l’énergie, bien sûr, mais aussi dans les couleurs. Les structures, même les protections contre les tsunamis, sont peintes. Tout semble vibrer.
Et puis, ce sont les rencontres qui nous touchent. Les gens sont bienveillants, simples, ouverts. On nous offre de l’eau, des biscuits. On nous aborde avec curiosité. Les regards s’arrêtent, les sourires s’échangent. Il y a une générosité spontanée, sincère.
Nous découvrons une plage magnifique, à l’eau turquoise. Alors nous nous y baignons, nous y campons. Quel accueil !
Et déjà, quelque chose s’ouvre en nous. Nous nous sentons vivants. Prêts à découvrir ce pays.
Et en même temps, notre regard se porte plus loin. La Mongolie nous appelle. Cette terre vaste, sauvage, presque mythique.
Alors les idées surgissent. Les plans se dessinent. Les plus fous, les plus simples, les détours, les alternatives. Nous regardons les cartes, explorons les possibles, réfléchissons aux visas, aux routes, aux choix.
Nous nous émerveillons.
Nous doutons aussi.
Nous questionnons ce que ces terres représentent pour nous. Pour les filles. Ce qui est juste. Ce qui est aligné. Sur tous ces possibles.
Des élans d’inspiration… et parfois des vagues d’inquiétude.
Car cette fois, Nayla et Fibie rouleront tout le chemin.
Chaque kilomètre.
Les jours d’émerveillement comme ceux de lassitude.
Les moments de joie comme ceux de doute.
La gratitude, la fatigue, la persévérance.
Tout.
Et aujourd’hui, comme un avant-goût de ce qui nous attend, le vent se lève. Un vent de face, constant, exigeant. Toute la journée.
Comme un rappel.
Que la route ne sera pas toujours douce.
Mais qu’elle sera, profondément, vivante.
Puis entre deux montées abruptes, le long de cette côte sauvage et découpée, un temple apparaît au sommet de la montagne. Il semble veiller, silencieux.
Ses structures majestueuses, teintées de vert, semblent presque vivantes. Et en ce mois d’avril, des lanternes colorées viennent illuminer l’espace. Elles flottent dans l’air, délicates.
C’est magique.
Entrer dans ce lieu, c’est franchir un seuil invisible. Un passage vers un autre espace. Les vibrations du temple se ressentent, subtiles mais présentes, comme une onde qui nous traverse doucement.
Nayla et Fibie s’y plongent avec joie. Leurs regards s’illuminent. Elles découvrent, s’émerveillent, s’imprègnent de cette culture qui s’ouvre à elles, vivante, tangible.
Un nouveau monde, qu’elles rencontrent pleinement.
Céline, Xavier, Nayla et Fibie
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