Les conférences sont une excuse, une porte d’entrée pour de nouveaux échanges, pour des réflexions communes, pour ouvrir de nouvelles voies. Cette fois, nous allons donner la parole à ceux qui ont participé à l’événement et qui ont écrit un message.
La première conférence est au cœur des montagnes Chugoku à Shobara chez Satou Tomonori.
Et voilà le message de Satou san, traduit depuis le Japonais.
« Comme prévu, il est très difficile de mettre des mots sur ce que nous avons vécu, mais ce moment, cet espace, étaient tout simplement exceptionnels.
Dès le début, l’énergie et la chaleur de la famille Pasche ont envahi la salle. Beaucoup de personnes avaient les larmes aux yeux, le cœur débordant d’émotion.
Les rencontres et les apprentissages qu’ils ont tirés de leur tour du monde à vélo portent en eux quelque chose de précieux, que notre époque a non seulement oublié, mais parfois même abandonné.
Les images étaient sous-titrées en japonais, et pourtant, d’une manière étrange, le message semblait aussi passer en anglais… alors même que je ne comprends pas l’anglais du tout.
Sans doute parce que la passion des intervenants, et l’attention sincère des auditeurs avaient créé une atmosphère particulière.
Le mode de vie de la famille Pasche est à la fois doux et profondément riche… Les mots ne suffisent pas à le décrire.
Mais lorsqu’on les rencontre, on comprend.
On comprend ce en quoi ils croient du plus profond de leur cœur. On sent cette force intérieure qui leur permet d’avancer avec une foi totale.
Nous, nous nous comparons sans cesse aux autres. Nous sommes influencés par le monde autour de nous. Cela nous met en colère, nous effraie, nous rend anxieux… parfois heureux, parfois tristes. Nous restons prisonniers du passé, ou suspendus à l’espoir d’un avenir incertain.
Et j’ai compris que la famille Pasche, elle, croit en chaque jour qui passe.
Ils croient sincèrement en chaque rencontre, en chaque personne croisée aujourd’hui.
C’est parce qu’ils se donnent entièrement à chaque instant qu’ils dégagent une énergie aussi forte.
Peut-être que nous, nous ne croyons pas assez en la journée d’aujourd’hui.
Peut-être sommes-nous trop tournés vers le passé ou l’avenir.
Je suis sûr que nous nous reverrons ♫
J’ai le sentiment que je retrouverai la famille Pasche, quelque part dans le monde.
Nous avons promis de nous revoir lors de leur séjour au Japon, mais j’ai la sensation que nous nous croiserons ailleurs.
Merci, famille Pasche.
Merci infiniment. »
Nous passons ensuite la soirée chez lui dans sa maison au cœur des montagnes, à déguster le saké de son frère devant la chaleur d’un feu de bois. Puis un concours de magie s’est allumé comme une étincelle, créant un show mémorable !
Hiroshima
Quelques jours plus tard, nous nous retrouvons face au Dôme d’Hiroshima. Celui qui se trouvait juste en dessous de l’explosion de la bombe atomique et dont les façades tiennent encore. Il est le symbole d’Hiroshima et de la volonté de la ville d’être un catalyseur de paix.
Il reste tout de même une image forte qui ravive les douleurs et souffrances de la guerre. Pourtant, aujourd’hui, il neige à gros flocon dans la ville. Un moment unique, il est relativement rare que la neige recouvre tous les bâtiments de son manteau blanc. Sa pureté et douceur enveloppe ce lieu, comme s’il apaisait ses mémoires. Alors c’est dans cette douceur que nous présentons notre conférence face à un public d’environ 120 personnes.
Nayla et Fibie sont maintenant passées au stade supérieur. Cette fois, elles sont de vraies actrices en pleine scène. En plus, elles sont hilarantes !
« Je suis née nomade », annonce Nayla.
« Ah bon ? » s’étonne Fibie.
« Pas exactement… mais presque ! Ma petite sœur et moi, on est nomades depuis notre naissance !»
Fibie sourit : « Je vais expliquer, parce que sinon, les gens pensent qu’on a été élevées par des oies migratrices. »
Elles ont pris le micro après que Red Eyes et Milky, deux chanteurs célèbres à Hiroshima, ont interprété leur toute nouvelle chanson inspirée de notre vie de nomade ! Ils ont mis une ambiance de folie avant même que nous commencions
Le lendemain nous recevons un message de Masayuki Yasuta, un homme assis au premier rang.
« Une neige abondante, rare à Hiroshima, tombe depuis le matin.
J’avais décidé de suivre l’exemple de la famille Pasche et de me rendre à vélo à la salle de conférence, située dans la tour Orizuru à Hiroshima. Mais comme il neigeait, j’ai finalement choisi d’y aller à pied.
La tour Orizuru se trouve à environ sept kilomètres. En temps normal, j’aurais pris la voiture sans hésiter. Mais puisque je partais à la rencontre de la famille Pasche, qui a choisi de vivre comme des nomades, je me suis dit que ce moyen de transport n’était pas approprié. J’ai donc décidé de marcher, malgré la neige.
L’ouverture des portes était prévue à 12 h 30 et le début de la conférence à 13 h. Je suis arrivé un peu en avance. Lorsque je suis parvenu sur place peu après midi, les entrées avaient déjà commencé.
Lors des séminaires et des conférences, je m’installe toujours au premier rang. Bien sûr, c’était également le cas aujourd’hui.
Comme je l’ai déjà mentionné, j’avais été profondément ému par le récit de la famille Pasche, intitulé “Nous avons décidé de vivre nomades”. Pendant plus de quinze ans, ils ont parcouru le monde à vélo, traversant près de cinquante pays.
Comme j’étais assis au premier rang, je ne voyais pas ce qui se passait derrière moi. Pourtant, je sentais que les gens continuaient d’affluer. À l’heure du début de la conférence, il y avait tellement de monde que certains devaient rester debout. Il y avait largement plus de 100 personnes. La salle était déjà en effervescence avant même le début de la conférence.
Trêve de préambule, je vais vous faire part de mes impressions en toute franchise.
Lorsque j’ai lu le livre, j’ai écrit que j’étais “envieux”, mais cette fois-ci, je suis tout simplement “admiratif” et “impressionné”.
Je laisserai le livre raconter en détail le voyage, mais pendant la conférence, les quatre membres de la famille se relayaient pour commenter les images projetées sur l’écran. C’était un peu comme un film muet accompagné d’un narrateur.
La prestation de Nayla, 12 ans, et de Fibie, 8 ans, était tout simplement extraordinaire : elles possèdent une telle force d'expression qu'elles pourraient monter directement sur scène et devenir des enfants acteurs de premier plan. Et surtout, elles s’exprimaient en anglais, qui n'est pas leur langue maternelle. C'est terriblement impoli de dire cela à leur parent mais leur anglais est beaucoup plus facile à comprendre que le leurs, qui parlent avec un fort accent français.
Leur intonation, leurs silences, leurs expressions, leurs gestes… tout était parfait. Si elles se contentaient de réciter des répliques apprises par cœur, aucun enfant acteur, aussi doué soit-il, ne pourrait réaliser un tel exploit. Elles y parviennent parce qu’elles vivent réellement cette vie nomade et l’incarne depuis leur naissance, voyageant à vélo et dormant sous la tente partout dans le monde.
Elles le font avec une aisance naturelle, dans un pays à l’autre bout du monde — même si le mot « étranger » n'a peut-être aucun sens pour elles –, devant un large public, avec une confiance et une grâce sans effort.
J’ai été profondément marqué.
J'ai entendu dire que lors de conférences partout dans le monde, des questions telles que « Comment sont-elles éduquées ? » reviennent fréquemment. En voyant ces deux enfants, il est évident qu'aucun établissement scolaire au monde ne pourrait égaler ce qu'elles ont accompli, ni ce qu’elles sont en train de vivre et d’apprendre. C’est une évidence.
De plus, les images étaient superbes. Je pensais que la plupart avaient été prises par Xavier, qui est également photographe, et que certaines séquences avaient été réalisées par des équipes professionnelles. J’ai donc été très impressionné d’apprendre que toutes les images avaient en réalité été capturées par Xavier lui-même.
Ce film pourrait être projeté tel quel dans le monde entier comme un documentaire, sans aucun problème. Mieux encore, il est d’un niveau suffisant pour remporter l’Oscar du meilleur documentaire. Je pense sincèrement qu’il mériterait d’être adapté au cinéma.
Et puis, il y a Céline, l’auteure de ce livre. Quand on parle d’une “mère courage”, on imagine parfois quelqu’un qui, bien que résilient, est peut-être un peu brusque, ou une femme protectrice, mais légèrement distraite. Pourtant, Céline incarne toute autre chose. Une force tranquille : une mère et une femme profondément courageuse, capable d’avancer avec détermination et confiance, quelles que soient les épreuves.
Elle est aussi anthropologue culturelle : extrêmement intelligente. Observatrice et attentionnée, elle répare le micro de la présentatrice, par exemple, et on sent une force intérieure indéniable derrière son expression douce, tout en conservant son sens de l’humour.
C’est une véritable « super mère courage ».
Ses paroles sont poétiques et pleines d’émotion.
Je ne sais pas si cela vient de ses 15 années passées à parcourir le monde à vélo, affrontant des conditions difficiles et toutes sortes de problèmes, ou si c’est simplement dans sa nature… mais une chose est claire : elle possède une immense force intérieure. Étant moi-même un homme peu courageux, je le reconnais immédiatement. Si je la rencontrais sur un champ de bataille, je ne me risquerais certainement pas à l’affronter. Sa présence m’a profondément impressionné. Cela dit, je tiens à préciser, pour éviter tout malentendu, qu’elle n’est pas du tout intimidante et qu’elle est une personne très chaleureuse et amicale.
La famille Pasche, elle, vit chaque jour en “accueillant tout ce que la vie lui offre” et en “appréciant les rencontres avec l’inconnu », à un niveau bien différent du mien.
D’ailleurs, Nayla et Fibie ont dit ceci dès le début :
‘Imaginez que vous viviez en vous déplaçant avec tout ce dont vous avez besoin pour vivre.’
‘Imaginez que n’importe quel endroit sur cette planète peut être votre maison.’
Je pensais vivre librement, sans trop me laisser influencer par les idées reçues… mais la famille Pasche évolue dans une tout autre dimension.
Ces enfants vivent depuis leur naissance ce que je n’aurais jamais imaginé possible, même aujourd’hui, à mon âge.
Et Céline a conclu en disant :
‘Ce n’est qu’un choix. Un choix de vie, une manière de vivre qui correspondent à ce qui est important pour nous.’
J’ai été profondément impressionné par la famille Pasche.
Avec mes jambes endolories après n’avoir parcouru ‘que’ 14 km aller-retour (alors que la famille Pasche a déjà franchi plus de 100 00 km ), avec mes mains gelées après avoir marché par seulement 0 °C (alors qu’ils ont déjà affronté des températures de –46 °C ), et avec mes mots maladroits, bien loin de l’expressivité de Nayla, 12 ans, et de Fibie, 8 ans…
J’ai écrit ces lignes avant que l’émotion et la ferveur de ce moment ne s’estompent.
Fin. »
Céline, Xavier, Nayla et Fibie
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