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Les îles Oki - Un clin d’œil du destin 


Elles nous appelaient depuis longtemps. Elles devaient être le premier point de départ de notre projet en 2023. Mais la vie en avait décidé autrement. Alors nous avons continué, en laissant cet appel en suspens… sans jamais vraiment l’oublier.

Et puis, au moment où nous nous y attendions le moins, elles sont revenues à nous. Nous pensions n’avoir que deux options pour rejoindre la Corée du Sud par bateau. Mais une nouvelle voie s’est dessinée, presque à la dernière minute. Un ferry reliant Tottori à Donghae. Une ouverture inattendue. Un signe, peut-être. Et comme un clin d’œil du destin, le ferry hebdomadaire n’est disponible qu’à partir de fin avril. Il avait été suspendu durant 4 ans.

Cette fois, la porte est grande ouverte, c’est depuis la même ville que les ferry partent pour les iles Oki. Alors nous embarquons pour Okinoshima.


Matsuyama Mutsugu et Kinuko san nous y accueillent avec une chaleur incroyable. Nous les avions rencontrés au Sea to Summit de Daisen, cela fait deux ans qu’ils attendent ce moment.


Nous enfourchons alors nos vélos, en direction du village d’Uzuki, où se trouve leur cottage. L’île est volcanique, vivante, tout sauf plate. Les sommets s’élèvent à plus de 600 mètres. La route serpente, grimpe, nous guide jusqu’aux points de vue saisissants. La mer y dévoile toutes ses nuances, du turquoise au bleu profond. Les formations rocheuses émergent de l’eau comme des sculptures anciennes, et à Inujima un rocher gigantesque semble veiller, immobile, dont la couleur en tuf vert souligne la puissance éruptive des volcans.

Autour de nous, la forêt s’éveille dans une infinité de verts tendres. Les yamazakura sont encore en fleurs, apportant une touche de douceur à ce monde.


Puis nous arrivons dans un lieu unique. Une terre façonnée par le feu et l’eau. Une symphonie entre la mer, les volcans et la nature sauvage. L’énergie y est palpable. La roche noire, dense, porte la mémoire des éruptions, des tempêtes, des courants puissants, des hivers rudes. Et pourtant, au cœur de cette intensité, il y a un calme vibrant.

Un silence qui demande présence. Comme si, ici, il était impossible de ne pas être pleinement là.

Le soir, nous partageons un repas de fête. Mutsugu san et Kinuko san nous accueillent comme des amis de longue date. Leur restaurant est à leur image : singulier, vibrant. Chaque menu est unique, pensé pour ceux qui franchissent leur porte.

Ce soir-là, des pâtes au parmesan, un magnifique morceau de sanglier, une soupe aux fruits de mer… et du vin, choisi avec soin. Tout est juste. Généreux. Vivant.


Le lendemain, nous méditons sur la roche volcanique, face à la mer qui s’étire jusqu’au ciel.

Puis, comme surgis d’un mirage, Masui san et Hiroko san apparaissent dans le village. Ils sont venus nous retrouver. Le lien avec les îles Oki continue de se tisser.


Masui san passait ici tous ses étés d’enfance, chez sa grand-mère, dans ce même village, cette même baie. Une coïncidence presque irréelle. Cela faisait huit ans qu’il n’était pas revenu. Nous devenons, sans le vouloir, le prétexte de ce retour.


Alors les retrouvailles sont fortes. Nous partageons des plats locaux, à base d’algues et de fruits de mer.




Nous partons ensuite à la recherche de petits crabes aux pinces blanches et de coquillages.
Le soir, nous dégustons le fruit de cette cueillette : crabes, coquillages, un immense carpaccio, du cerf, accompagné de légumes de montagne, de shiitakés, de whisky et d’un vin profond. Un festin. Une profonde amitié.



Le matin, la montagne nous appelle. À son pied, un sanctuaire marque l’entrée. Nous saluons les kami. D’immenses ormes, quelques cèdres majestueux… dont un, gigantesque, imposant, presque irréel. Matsuyama san nous apprend les gestes pour réveiller les kami: frapper dans les mains, appeler, demander le passage, offrir notre gratitude.


Puis, plus haut, près du sommet, un autre arbre nous attend. Les dernières mètres, nous avançons les yeux fermés, jusqu’à lui.

Un sugi de 800 ans. Il est majestueux et vivant. Ses branches se séparent, puis se rejoignent, comme s’il dansait.

Le sol est si rude que ses racines ne peuvent y puiser l’eau. Alors l’arbre s’adapte. Il vit autrement. Ses branches captent l’humidité de l’air. Ses racines créent des passages souterrains d’où s’échappe des souffles froids et puissants. Ces courants froids s’entrechoquent avec l’air chaud et humide de l’été, faisant naître un voile de brume qui permet à l’arbre de vivre, un équilibre fragile, l’intelligence du vivant. Et autour de lui, l’atmosphère est habitée. Comme si un monde invisible existait là. Un monde de présences. Ce lieu est profondément sacré, le coeur s’ouvre avec douceur.



Plus tard, nous rejoignons la plage de Nakamura. L’eau est d’un turquoise irréel. Bien sûr, Nayla et Fibie s’y baignent malgré le froid. Dans le restaurant, nous sommes invités à déguster des plats aux sazame, de petits coquillage turban puis une huître sauvage exceptionnelle de huit ans, qui pèsent près d’un kilo. Une expérience rare.

Nous rencontrons aussi un plongeur en apnée, une figure de l’île. Chaque jour, il plonge pendant des heures pour récolter les trésors de la mer. Il ouvre devant nous des sazames fraîchement pêchés. Nous les goûtons, crus. La texture surprend. Le goût aussi. Mais au-delà de l’expérience, il y a la gratitude. Celle d’être là. D’apprendre. De recevoir.


Nous rejoignons le nord de l’île, vers les côtes accidentées de Shirashima.

La vue y est saisissante. La péninsule s’étire dans l’océan, comme une main tendue vers l’infini. Elle semble ne jamais s’arrêter, filant jusqu’aux îles invisibles de Takeshima, autrefois habitées par des lions de mer.


Puis nous traversons le village de Sazame, là où Kinuko san a grandi. Elle nous raconte alors le lien singulier qui unissait son grand-père aux lions de mer, comme une amitié vivante entre l’homme et l’océan. Aujourd’hui, son frère y possède un atelier où il taille les obsidiennes sacrées de l’île, des pierres noires, profondes, comme si elles avaient gardé en elles le souffle des volcans.

Nous poursuivons vers un autre lieu sacré. Nous y sommes accueillis par les poissons yamabe et les salamandres, discrets gardiens de cet espace vivant. Nous lançons une pierre vers le torii, comme une offrande, puis pénétrons dans une forêt de cèdres. Et soudain, elle apparaît.


Une immense chute d’eau, puissante et lumineuse. Nous passons derrière, enveloppés par le bruit et la fraîcheur. Les gouttes tombent lentement, presque suspendues dans l’air. Comme si chaque instant s’étirait. Comme si le temps lui-même ralentissait.

Il y a là une présence. Quelque chose de profondément sacré.

Céline, Xavier, Nayla et Fibie



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