À la tombée de la nuit, nous plongeons dans les gorges profondes de Sandankyo. La rivière s’y écoule, pure et limpide. Dans ses eaux froides se cache une créature rare, discrète, presque mythique : la salamandre géante.
C’est Yuki Taguchi san, spécialiste passionné de ces animaux fossiles, qui nous guide dans cette quête.
Dans l’obscurité, nous avançons lentement, les yeux rivés sur la surface mouvante. Chaque pierre, chaque ombre pourrait révéler sa présence. Là, immobile, tapie dans le courant, se tient le plus grand prédateur de la rivière, invisible, parfaitement camouflé dans les pierres. Sa peau tachetée se fond dans le courant.
Nous progressons dans la rivière avec nos combinaison de pêcheur. Le courant forçant sur nos corps, Fibie lutte pour garder l’équilibre. Autour de nous, les parois rocheuses s’élèvent de chaque côté, et au-dessus, un ciel constellé d’étoiles apparaît, profondément silencieux. Seul le chant de l’eau nous accompagne. À la lueur de nos torches, nous remontons lentement le courant, attentifs, alerte.
Soudain, une forme. Fugace. Vivante.
La silhouette apparaît. D’un geste précis, nous la capturons délicatement à l’aide d’un filet. Le cœur battant, nous comprenons : ce spécimen n’a jamais été identifié. Une rencontre unique, fragile, inespérée.
C’est un mâle, d’environ septante centimètres. « Il doit avoir environ quarante-cinq ans », nous explique Yuki san. « Mais son espèce traverse les siècles, capable de vivre jusqu’à cent ans. »
Entre les mains expertes de Yuki-san, le rituel commence : mesurer, observer, peser, prendre les données. Une puce est posée, pour que ce spécimen soit enregistré. La salamandre géante est une espèce actuellement menacée.
Entre nos mains, la créature se révèle. Un fossile vivant. Son visage aplati semble surgir d’un autre âge, et ses doigts délicats, fascinent Nayla et Fibie qui les effleurent avec douceur.
Au Japon, on les appelle Ōsanshōuo, les “poissons au parfum de sanshō”. Lorsqu’elles sont dérangées, elles libèrent une étrange sécrétion blanchâtre, semblable à de la mousse. Yuki-san nous en fait la démonstration, en serrant délicatement sa queue. Une odeur vive, poivrée, piquante, troublante émane.
Gardienne silencieuse des rivières du Chūgoku, elle semble porter en elle la mémoire du monde. Cachée dans l’ombre, hors du temps, elle appartient autant à la réalité qu’aux anciens récits. Dans les mythes japonais, ces créatures étaient sacrées, des esprits des eaux, capables d’éveiller tempêtes, crues et mystères.
Et cette nuit-là, dans le souffle glacé de la rivière, face à elle, nous avons l’étrange sensation d’avoir fait une rencontre extraordinaire : des amis passionnés, un animal menacé et surtout un fragment vivant de légende.
Céline, Xavier, Nayla et Fibie
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Andrias japonicus, est-ce bien de cette espèce qu'il s'agit? Au Québec notre plus grande salamandre est le necture tacheté, du genre Necturus. Je trouve qu'elles se ressemblent un peu. Le necture a des branchies externes bien visibles
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