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L’élégance du mont Kaimon

⏱ 3min

Nous roulons tout au sud de l’île de Kyushu et passons devant la montagne Kaimon. Ce volcan s’élève dans un cône parfait au-dessus de la mer et face aux champs de tournesol qui sont célèbres dans cette région. Ce pic isolé dont la ligne est élégante donne du caractère à la région et à la côte à l’eau bleu cyan. Pourtant, nous luttons dans la chaleur étouffante. Le thermomètre sur nos compteurs monte à plus de 50 °C en plein bitume. Avec l’humidité ambiante, nous transpirons en abondance. Et lorsque la douce brise s’éteint, nous entrons dans un sauna à ciel ouvert. Durant l’effort, nos poumons semblent ne pas pouvoir inspirer l’air chaud, suffocant pour un peu de fraîcheur, alors que l’excès d’eau expulsé par le corps tente de diminuer la température interne. Nous alternons ainsi entre puissants orages qui se dessine sur la mer en fin d’après-midi et chaleur étouffante. 


Plus inquiétant encore, c’est l’alerte pour un méga tremblement de terre qui peut potentiellement touché tout le Japon le long de la faille de Nankai. L’alerte a été donnée suite à un tremblement de terre de niveau 7 sur l’échelle de Richter qui a eu lieu dans l’océan à 30 km de la ville de Miyazaki. Cette alerte est un protocole établi en 2012 pour tenter de réduire l’impact d’un puissant tremblement de terre qui peut se produire dans les années à venir. Habituellement entre 100 et 200 ans avec une tendance plus proche des cent ans, nous sommes aujourd’hui à 80 ans. La tension semble grandir dans la population depuis cette année, comme si ce séisme lointain devenait peu à peu une réalité. On parle alors d’un tremblement de terre qui atteindrait 8 à 9 sur l’échelle de Richter, qui pourraient se produire sur plus de 2 00 km du Sud de Kyushu jusqu’au nord de Tokyo et qui pourraient créer un tsunami avec des vagues de plus de 30 m, dans sa version cataclysmique. C’est évidemment un petit rappel que le Japon se trouve sur la ceinture de feu du Pacifique et à la conjonction de 4 plaques tectoniques. Pendant une semaine, plus de 700 municipalités sont donc en zone rouge pour un potentiel tremblement de terre ou tsunami. Nous nous informons, recherchons, lisons.. Finalement, nous décidons de poursuivre dans la région de Miyazaki, de rester plus ou moins éloignés des côtes et de dormir sur les hauteurs par rapport au niveau de la mer. 


Nous traversons dans les collines et passons sur une superbe piste cyclable ombragée dans la forêt. C’est absolument magnifique, pourtant le pont détruit quelques kilomètres plus loin nous supprime cette option. Nous devons revenir en arrière. Plus loin, c’est mon pneu qui explose, avec le bruit d’un coup de feu et le souffle qui me surprend sur mon mollet. Nous profitons alors de sauter dans la rivière pour nous rafraîchir alors que Xavier répare mon vélo. Nous arrivons dans un petit camping. Nayla et Fibie jouent dans la forêt et écrivent à leurs amis du monde. Fibie joue aussi avec son Papa pour savoir qui des deux sait le plus de Kanji. Elle adore apprendre ses symboles qui représentent des mots. Et à eux deux, c’est une vraie compétition. Mais aujourd’hui, elle découvre surtout une grosse peluche abandonnée qui deviendra leur ami pour la soirée. Ce sera difficile de dire au revoir à Maxy, après l’avoir sauvé, nettoyé et guéri. 


Nous poursuivons le long de la côte dans les montées et descentes qui s’alternent. Puis nous devons faire un dernier col avant de rejoindre la ville de Miyazaki. Lorsque nous arrivons au sommet, nous sommes détrempés et épuisés. Le corps subit cette chaleur infernale. Pourtant, la petite route que nous avons repérée nous emmène au cœur des forêts, entre les rivières et les cèdres japonais centenaires. Nous sommes seuls dans les montagnes enivrés par la sensation de la découverte, apaisés par la douceur du vent et de l’ombre des grands arbres, et exaltés par la descente. 


Juste à l’entrée de la ville, nous rencontrons le photographe Kuroki san. Il a voyagé dans plus de 80 pays, appareil de photo en main, et aujourd’hui, il documente surtout la préfecture de Miyazaki. Il nous offre d’ailleurs un de ces livres photo sur la beauté de cette région. C’est une belle rencontre, qui a ému cet homme et artiste. 







Céline, Xavier, Nayla et Fibie
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