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 L’hiver chuchote des secrets

Ce matin, c’est la tempête. La neige tombe a gros flocon et le vent glacial s’engouffre dans la vallée. Notre maison devient de plus en plus froide. Il fait à peine quelques degrés au réveil. Pourtant, le souffle de l’hiver est aussi délicieux. Il est ce tapis immaculé de blanc, le craquement de la neige à chaque pas, l’air frais qui caresse nos joues et cette douceur qu’offre la lumière bleutée de cette saison. Pâle, elle enchante le monde de magie et souligne sa fragilité.


Au sommet de la montagne à Osorakan, les arbres sont drapés de neige. Sous ce manteau, ils deviennent des fantômes aux silhouettes étranges, figés dans le silence. Ils portent en eux la mémoire du froid mordant et des vents furieux qui se sont abattus sur la terre. Une force invisible et glaciale qui a marqué le lieu de son souffle. Et pourtant, sous cette blanche étreinte, un battement résonne. La vie palpite, fougueuse, libre, créatrice.


Cet hiver nous offre un choix. Celui de prendre un moment pour entrer en unisson avec les énergies de la Terre, la vibration de notre âme et les plus grands mystères. Il offre un espace d’intériorisation, où l’on transmute. Alors lentement, on renoue avec ce qui nous appartient : notre voix, notre douceur, notre vérité, notre force. On dépose nos mains, on les ouvre, pour lâcher les liens invisibles qui freinent nos élans.


Cet espace est une invitation, on ne force rien, on laisse remonter. On accueille. On alchimise. Et on reconnaît ce qui doit renaître autrement.

Un pas après l’autre, dans la neige poudreuse qui monte jusqu’au sommet de nos bottes, nous mène vers le petit café d’Hanaki. À peine entrés, la douceur chaleur du feu de bois nous enlace, puis l’odeur du cèdre réveille nos sens, boisée, légèrement fruitée. Des fauteuils à bascule nous attendent et sur la petite table en bois, deux cafés fument, à côté de deux chocolats chauds. Nous nous asseyons lentement, comme pour ne pas perturber la magie. Derrière la fenêtre, de longues stalactites de glace s’étirent. Furtifs, quelques oiseaux aux couleurs lumineuses viennent cueillir les graines délicatement déposées. L’appel de la neige est trop fort, à peine le temps de se réchauffer, les filles plongent dans la poudreuse et s’amuse avec ce manteau glacial.


Le lendemain, nous nous retrouvons au Temple du Dragon des Nuages, le temple bouddhiste Kaizozan Ryuun. Nous sommes en train de méditer avec nos amis de Hamada. Dans un silence absolu, les filles restent focalisées, l’attention posée sur l’espace entre leurs pouces, à concentrer l’énergie vitale en un point, celui du chakra sacré.


Puis nous marchons lentement vers le cœur de cet ancien temple, vieux de plus de 1300 ans. Il est profondément relié à celui de Miyajima. Par télépathie, les moins auraient perçu échos du terrible incendie qui prenait vie il y a 300 ans. Ils ont alors prié sans relâche, en déversant de l’eau sur la statue de Bouddha en pierre. Soudain, de fortes pluies se sont abattues et venant éteindre les flammes. Le temple a été sauvé.


Le moine principal, Nohara Shinjo, vit ici avec sa femme. Il a choisi de consacrer sa vie au bouddhisme après avoir été témoin de la guerre au Cambodge et participé au déminage de la région. Plein d’humour, il explique la méditation avec légèreté. Et même si nous ne comprenons pas tous les mots, ses gestes, ses mimiques et ses rires suffisent à transmettre l’essentiel.


Nous nous retrouvons ensuite autour d’un repas, merveille de la gastronomie japonaise, subtilement parfumée aux yuzus. Là, Hirose san prononce un discours emprunt d’émotions, évoquant les rencontres qui scellent notre destin.


Nous sonnons alors la cloche pour appeler la paix sur Terre, où des inscriptions en 146 langues sont gravées. Déjà, quelques mimosas sont en fleurs dans ce petit paradis niché dans le repli des montagnes. Et pourtant, la mer du Japon n’est pas loin. En repartant, elle apparaît, vaste, tumultueuse en hiver et pourtant d’une clarté saisissante, teintée de reflets émeraude. Nayla et Fibie y confient un vœu secret que le souffle du vent emportera vers les flots.


Céline, Xavier, Nayla et Fibie


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