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Dans les montagnes de Hiroshima


L’hiver s’installe profondément. Le froid mord, vif et silencieux. Cette nuit, les nuages ont été inspirés: cinquante centimètres de neige fraîche, immaculée. J’adore ces matins, où tout est recouvert de ce doux manteau, ou le temps semble ralentir, où le silence règne, enveloppés de ce souffle blanc.


Nous chaussons skis et snowboard, attirés par l’appel des montagnes, et rejoignons Osorakan le point culminant de la préfecture d’Hiroshima. Qui aurait imaginé qu’il était possible de skier tout à l’ouest du Japon ?

À chaque virage, la neige s’élève en nuages légers et danse au-dessus de nos têtes. Puis elle se dépose sur nos joues glacées. Par moments, Nayla et Fibie disparaissent, nagent, luttent joyeusement dans cette mer de poudreuse avant de renaître un peu plus loin, rieuses.


Nous profitons de chaque descente. Skier, rider encore, jusqu’à ce que les cuisses brûlent. Les filles dévoilent une énergie phénoménale, portées par l’excitation malgré le froid mordant et les flocons gigantesques qui s’abattent sans répit. Aujourd’hui, le vent se déchaîne. Il traverse les vallées, gifle notre peau, efface les contours. La température ressentie plonge jusqu’à –18 °C. Nos visages disparaissent, sous les protections, seuls nos regards subsistent, brillants.


Il y a une semaine, nous faisions une fondue au sommet de la montagne, sous un ciel bleu cyan. Là, la magie s’était dévoilée. Les montagnes se déployaient à l’infini, drapées d’une forêt sans fin, majestueuse et silencieuse. Tout était grandiose. On aurait cru deviner, très loin, la mer du Japon, fragile mirage à l’horizon. Mais surtout, ce sont ces espaces immenses, vierges de toute présence humaine, qui nous ont émus. Aucun toit, rien que la nature brute. Le corps se sent minuscule, mais incroyablement vivant. C’est puissant. C’est sauvage.


Il y a quelques jours à peine, c’est la terre elle-même qui s’est éveillée. Un tremblement de terre de magnitude 6,2 a secoué la préfecture voisine. Ici, dans les montagnes, nous avons senti le sol frémir, se déplacer, vibrer sous nos pieds. Une force immense, impossible à ignorer. Face à ce mouvement profond, nous retrouvons immédiatement notre place : minuscule, fragile, humble, inscrite dans un équilibre bien plus vaste que nous.

Nous nous relions alors à ce monde plus vaste que nous. Au cœur même de l’hiver, les arbres à yuzu ploient sous la neige, mais leurs fruits parfumés, jaunes comme des soleils, continuent de briller. Nous en cueillons quelques-uns, pour en faire du thé. Une infusion d’agrumes, parfumée et vivifiante, qui réchauffe le corps autant que le cœur.


Nayla et Fibie préparent aussi leur propre huile, avec soin. Cet été, elles ont cueilli du plantain, l’ont séché, puis laissé infuser ici, à Akiota, pour que la plante transmette doucement ses vertus apaisantes, cicatrisantes, anti-inflammatoires. Quelques gouttes d’huiles essentielles viennent compléter leur préparation. Une huile pour soigner les plaies, calmer les piqûres, prendre soin de la peau. C’est surtout une huile remède fait de leur propre main et de leur lien à la Terre.

Nos journées sont aussi rythmées par la préparation d’une nouvelle conférence. La première a d’ailleurs rencontré un bel écho, ici à Akiota. Nayla et Fibie ouvrent la scène avec ukulélé et chant. La musique installe l’atmosphère, douce et vibrante. Je conte notre vie nomade, mais elles prennent aussi la parole, et glissent des touches d’humour. Par instants, on se croirait dans une véritable pièce de théâtre.


Nous sommes à chaque fois surpris par l’émotion que ces partages font naître. Les mots résonnent, trouvent une résonance intime chez ceux qui écoutent. Parfois, un rire éclate. Parfois, une larme coule, discrète.

Et déjà, l’élan nous porte vers les prochaines conférences à venir.


Entre-temps, nous prenons le temps. Le temps d’être avec la communauté, de rencontrer les habitants de la région, de tisser des amitiés simples et vraies. Un jour, nous avons partagé des mochis cuits au feu de bois dans l’ambiance chaleureuse que les flammes dansantes font naître. Les rires se mêlent alors aux crépitements. Le froid de l’hiver semble bien loin.


Céline
Xavier, Nayla et Fibie


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