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La jungle humaine


Tokyo nous oppresse. Non pas que toutes ces rues soient bondées. Au contraire, nous trouvons que l’agitation de la ville n’est pas si intense. C’est surtout cette sensation d’être enfermé au cœur du bitume. C’est les milliers de cœurs qui battent, dans cette densité humaine. Ce sont les milliers d’onde de wifi, de portables et d’antennes. Nous nous sentons comme des poissons hors de l’eau. Nous accourons vers les temples pour espérer trouver un peu d’espace pour respirer, mais les tours des immeubles dépassent les magnifiques toits de ces lieux de prières. Nous allons vers les parcs pour nous rendre compte qu’ils ferment à 17 heures, l’heure à laquelle les enfants sortent de l’école. Nous espérons nous reposer, mais notre corps est stimulé par ce manque de connexion à la terre, par toutes ces ondes artificielles. Nos sens sont comme brouillés, ils perdent de leur clarté. Nous apprenons alors qu’un musée a utilisé les dernières innovations technologiques pour recréer la nature et offrir la chance aux visiteurs de faire des expériences tels que mettre les pieds dans l’eau d’une rivière. 



Cette réalité fait écho à ce que nous apprenons et expérimentons le long du chemin. Les enfants n’osent plus marcher pieds nus. Ils ne savent plus faire la différence entre une fourmi et une araignée, une abeille et une mouche. Ils ont passé tant de temps entre quatre murs, dans ce que l’on appelle la civilisation, qu’ils n’ont plus aucune connaissance du milieu naturel qui les entoure. Ils ont si peur d’expérimenter par eux-mêmes, qu’ils préfèrent payer des installations artificielles pour faire l’expérience du vivant. 


Pourtant, ce que tous ont oublié c’est que le vivant est bien différent de l’artificielle. Il est animé d’une énergie. Et c’est cette énergie de vie qui fait toute la différence. Se reconnecter au vivant, c’est surtout ressentir cette énergie de Vie, qu’elle soit dans l’arbre, la plante ou la rivière. 


Aujourd’hui au Japon, de plus en plus d’articles parlent du problème des ours. Pourtant, dans ce monde où les humains tendent à subjuguer leur environnement et tous les êtres vivants, l’ours devient ce rappel à une qualité de présence qui est nécessaire à notre environnement. Dans le territoire des ours, on ne peut pas regarder son portable, écouter de la musique ou une conférence en courant, on ne peut pas penser à demain ou dans 6 mois. Dans le territoire des ours, on est poussé à être présent ici et maintenant. On est invité à ouvrir nos sens, à sentir et ressentir. On est invité à être alerte et donc vivant ! 



Heureusement, dans les rues, nous retrouvons un peu d’humanité dans les festivals. Tout d’abord, par la puissance des tambours japonais, qui nous invitent à entrer au cœur de leurs vibrations ! Nous découvrons aussi un petit festival au milieu d’un temple. Les enfants jouent, les familles sont assises par terre à déguster des nouilles frites, des pommes-de-terre au beurre, des biscuits aux haricots rouges, des brochettes et des sèches grillées. Cette humanité bienveillante nous fait du bien, tout comme les yeux émerveillés de Nayla et Fibie qui observent un feu d’artifice. Leurs cris d’exclamation, leur saut, leur rire, et les étoiles qui brillent dans leurs yeux sont un vrai cadeau qu’elles partagent avec tous ceux qui sont autour de nous. Ils témoignent alors de ce pouvoir d’émerveillement qu’ils avaient oublié dans la routine de leur vie quotidienne, dans cette vie d’adulte que parfois nous enfilons comme un costume et qui nous coupe de notre cœur d’enfant.


Céline, Xavier, Nayla et Fibie

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