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Slovaquie, terre de contraste


La Slovaquie nous apparaît comme une terre de contraste. Elle est à la fois majestueuse par ces hautes montagnes aux cimes enneigées, à la fois accueillante par une communauté généreuse et souriante, à la fois pragmatique par sa nécessité de se développer au coeur d’un pays montagneux, puisant dans l’habileté, indépendance, et l’audace de ses habitants, et soulignés par un fort caractère. Nous roulons sur une piste cyclable neuve et pourtant, nous ne pouvons pas nous détacher des dernières images. C’est le moment de la récolte des pommes de terre, mais à part quelques machines, la majorité des champs que nous avons vu ont été ramassés à la main. Les familles entières, enfants, parents, grands-parents travaillaient ensemble pour remplir les sacs en jute. Je revois aussi cet homme qui laboure son petit champ avec un boeuf et une charrue, sur laquel un enfant se tient en équilibre pour aider à tourner la terre. Je pense à ce grand-papa amenant du foin avec une charrette en bois tirée par son cheval. J’ai l’impression que ces images appartiennent à un autre temps et pourtant cela se passe aujourd’hui sous nos yeux, alors que nous payons les aliments dans les petits magasins en Euro. Je me rends alors compte comment le temps est multiple. Dans la société occidentale, il semble si linéaire, rapide, comme une course effrénée dont il ne faut perdre aucune seconde. Cette chevauchée ne s’arrête jamais, mais pas pour accueillir un enfant. Je reste sidéré des 4 mois de congé maternité en Suisse et des 10 jours pour le Papa qui ont été accordés récemment, comme si c’était un pas extraordinaire. Ici en Slovaquie, les femmes ont trois ans de congé maternité pour chaque enfant. Le temps est tout sauf linéaire et régulier. Il est cyclique, il est lent et à la fois rapide. Il peut être fulgurant pour toi et interminable pour moi dans le même espace. Il est un enchevêtrement de réalités diverses, de vérité qui s’entrecroise. Le temps est incompressible à une seule unité de mesure, à ce sable qui s’égrène lentement dans un sablier. Au contraire, il est tout sauf régulier, il est compressible, distendu, aléatoire, cyclique. Il est vivant. 

Ce temps incommensurable nous emmène à vivre des réalités bien différentes. Là, nous rencontrons aussi la population tsigane. Des hommes, femmes et enfants, un peuple qui vit principalement entre la Roumanie et la Slovaquie. Venus d’Inde il y a bien longtemps, ils ont toujours vécu nomades. Éleveurs de cheveux et musiciens talentueux, leur mode de vie était différent, leur langue, leur religion aussi. Nous passons d’ailleurs devant un temple qui nous semble sortir de l’Asie avec des traits hindous et bouddhistes. Les Tsiganes ont toujours résisté à l’assimilation. Ils ont toujours vécu leur mode de vie. L’Union soviétique les a pourtant forcés à la sédentarisation. Depuis il vivent dans des quartiers qui leur sont uniquement réservés. La situation est bien complexe, pas de travail, des histoires de vie difficiles, des situations précaires voir insalubres, et un manque de sens par rapport à leur histoire, leur vie nomade, leurs expertises. L’aide du gouvernement est à la fois insuffisante, maintient la ségrégation et ne leur permet pas de réagir pour transformer leur situation dans une société qui en a aussi assez de subir ce poids. Ce sont des lectures simples d’un problème complexe issu de plusieurs générations et dont la seule issue sera bel et bien de se réinventer d’un côté comme de l’autre pour trouver une nouvelle voie qui respecte chacun et où chaque communauté et individualité peut s’épanouir et amener au monde sa singularité. Toujours est-il que ce petit enfant face au ghetto dont certains toits sont uniquement en plastique, marque une dure réalité. 

Céline, Xavier, Nayla et Fibie

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