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Des montagnes jusqu’aux lumières de la ville

Ça monte encore et encore, une pente à 14 % sur 1,5 km, mais les chiffres ne disent pas grand-chose de ce que l’on ressent. La nouvelle route grimpe droit dans la montagne, sans chercher à l’éviter, sans détour, comme si elle refusait toute négociation avec le relief . « Comment font-ils ici en hiver ? quand tout doit disparaître sous la neige ? ». Cette question revient surtout pour occuper mon esprit, pour masquer l’immense frustration de cette montée qui semble ne jamais vouloir finir. Alors qu’on voit se dessiner l’ancienne route en serpentin… Il nous faut une heure pour hisser les vélos, à la force des bras . Une heure lente, d’un effort intense où l’on monte, puis redescend chercher les filles, pour remonter encore. Les gestes s’enchaînent comme un mouvement sans fin. La Corée nous surprend ainsi à chaque col, avec ces pentes qui semblent toujours plus raides que les précédentes, comme si le paysage testait notre obstination. Surtout avec le poids de nos vélos chargés. Les de...
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Derrière les sommets, un pays invisible

Nous longeons la côte est. La route caresse la mer turquoise, puis s’égare parfois dans quelques montées abruptes. Soudain, un chemin apparaît. Il mène à un temple. Nous nous y glissons avec émerveillement et découvrons l’antre du phénix . Majestueux, éclatant, fascinant, l’oiseau de feu semble appeler à la renaissance. Ceux venus prier se prosternent et tournent autour de lui avec lenteur. Alors nous suivons le mouvement, nous aussi, honorant cet être mystique et tout ce qu’il symbolise. Une forêt de pins nous accueille au bord de l’océan. Les vagues sont tumultueuses, pourtant l’eau est d’une beauté saisissante. Fibie adore jouer dans le sable ; elle s’y plonge littéralement. Puis elle se met à faire de la gymnastique : des roues, encore et encore, comme si le rivage lui offrait un immense terrain de liberté. La météo annonce des pluies torrentielles pour demain. Nous cherchons alors un refuge parfait. Nous découvrons un pavillon, bien abrités… pourtant, quelque chose nous souffle ...

Du Japon à la Corée : changer de monde

Nous posons le pied en Corée du Sud, dans le petit port de Donghae. Il n’y a qu’un ferry par semaine. C’est une arrivée discrète, presque inaperçue. Le Japon occupait encore tout l’espace en nous. Nous n’avons rien préparé. Alors nous arrivons ainsi, ouverts, un peu perdus, comme au seuil d’un nouveau monde. À la sortie de l’immigration, une grosse poule, un coq majestueux traversent la rue. Premier signe que quelque chose change. Comme un clin d’œil du réel. Comme un rappel aussi; ici, on roule à droite ! Alors nous avançons les sens éveillés. Très vite, une autre énergie se fait sentir. Les voix sont plus franches, plus présentes. Une chaleur différente émerge, moins retenue, plus directe. Comme si chacun occupait pleinement sa place. Il y a aussi une sensation d’ouverture. La Corée du Sud a toujours été un territoire de passages pour moi. Un espace où je peux me retrouver, me réaligner. Où de nouvelles voies apparaissent, presque naturellement. Les intuitions émergent avec p...

Okinoshima : la plus belle façon de dire au revoir au Japon

Ce matin, nous plongeons dans l’eau turquoise, fraîche, vivifiante. Le corps se réveille, l’esprit s’ouvre. Se relier à l’eau, à cette mer vivante, c’est se reconnecter à quelque chose d’essentiel, de puissant, surtout au coeur des îles d’Oki.  Puis nous allons voir un festival local. Les Mae, les danses traditionnelles, s’ouvrent avec celles des dragons. Les gestes sont précis, habités, transmis depuis des générations.  Nous rencontrons ensuite le maire, Ikeda san. Avec simplicité, il nous offre sa place, son fauteuil. Les filles s’y installent, presque étonnées. Le geste est symbolique, fort. Le maire nous remercie alors d’être venus relier Okinoshima au monde. Et il s’étonne, sincèrement, de cette manière que nous avons de suivre les lieux, de répondre à leurs appels.  Pourtant, il est touché que tout nous ait conduits ici, à Okinoshima. Comme si lui aussi percevait cet appel invisible qui nous a guidés.   Nous ressentons profondément l’influence de Matsuyama-san...