Tout semble s’accélérer dès notre retour en Mongolie. Même au passage de la frontière, les orages s’abattent au moment précis où nous dînons au sommet du col. Pas de pause : nous sommes poussés à avancer. Dans la grande descente vers Tsaganuur, l’orage revient de plus belle, plus fort, plus sombre. Les vents sont furieux, nous poussant avec un élan de rage. Nous plongeons à toute vitesse dans cet univers infini, parsemé de yourtes blanches, retrouvant les grands troupeaux de moutons et de chèvres . Nous sommes précipités encore plus rapidement vers ce qui est présent mais que parfois nous refusons de voir. Fibie, lancée à 50 km/h, fait une chute monumentale. Le visage en sang, la veste déchirée, le ventre brûlé par l’impact avec le guidon, sa roue voilée dessine désormais le symbole de l’infini. Et l’orage qui arrive, plus violent encore. Il faut décider vite. Nayla change de positionnement. Calme sa décision est tranchante: elle monte dans la voiture d’inconnus kazakhs que nous avons ...
Le contact humain ici est une chaleur immédiate, un feu qui prend sans qu’on l’allume. Nous naviguons entre deux mondes. D’un côté, les Kazakhs : des enfants qui jaillissent de l’eau, riant, nous saluant d’un « Salam Alekum » lancé comme une offrande, tandis que leur amis nous apprennent en même temps la langue gutturale de l’Altaï, l’Altaiiski, sonore et profond. De l’autre, les Russes. Avec eux, nous redécouvrons des gestes oubliés, si communs qu’ils en deviennent bouleversants. On nous serre la main. Pour Xavier, ce simple acte est un choc. Après des années au Japon, où l’on s’incline pour saluer, où le corps se courbe par respect, voici que la main se tend, ferme, directe. C’est un retour au physique pur : le regard planté dans le regard, la pression des doigts qui affirme une présence, une force qui relie. Ce n’est pas juste un salut, c’est une reconnaissance. Autour de ces poignées de main, les discussions s’ébauchent, portées par nos quelques mots de russe hésitants....