Nous quittons le campement installé au sommet du col, sous la protection silencieuse d'un crâne de bélier. Au réveil, le vent règne déjà sur la steppe avec la même puissance que les jours précédents. Mais il a changé de camp. Pour la première fois depuis longtemps, il est dans notre dos. Il nous emporte à travers la steppe. Fibie se laisse glisser dans une longue descente. Son compteur affiche 42 km/h. — J'ai l'impression de voler ! Comme un aigle porté par les courants invisibles. À l'horizon, toujours aucune yourte. Aucun poteau électrique. Seulement l'espace. Pourtant rien n'est vide ici. Notre regard s'est habitué à chercher autre chose. Une marmotte qui siffle avant de disparaître dans son terrier. Un oiseau qui s'élance. Un aigle qui plane. Le chant du vent dans l'herbe. Avec le vent de face, ces paysages dévoilent leur austérité. Ils semblent immenses, presque capables de nous engloutir. Chaque kilomètre rappelle l'incertitude du prochain ...
Nous atteignons un grand ovoo, un monticule de pierres dressé sur la crête. Les drapeaux bleus claquent dans le vent. Un brûleur d'encens, un crâne de cheval, une théière, quelques tasses, une bouteille de vodka vide et des os blanchis ont été déposés là en offrande pour les esprits. Je fais trois fois le tour de l'ovoo. Je ne sais pas si je me sens reliée aux esprits du vent dont parlent les Mongols. Mais une chose est certaine : cette terre porte une présence . C’est indéniable. Alors, silencieusement, je lui demande l'autorisation de passer. Car ce qui se dévoile devant nous dépasse tout ce que nous avons traversé depuis Ulaan Baatar. La terre s'étire dans toutes les directions. Pas une yourte. Pas un troupeau. Pas même un poteau électrique. Rien. Seulement l'espace. Une immensité si vaste qu'elle en devient presque vertigineuse. Comme si le monde avait soudainement retiré ses limites. Nous recevons une bouffée d’espace. Et pourtant, ce paysage n'a rien ...