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À la lisière de l’orage

Le désert ne nous a pas accueillis avec de grandes dunes. Il s'est révélé autrement. Au moment de plier la tente. Dans le silence. Dans la poussière qui s'infiltre partout. Dans un petit lézard qui file entre les pierres. Puis dans cette étrange sauterelle au corps robuste, dont le long oviscapte ressemble à un sabre. La fatigue de la veille s'efface aussitôt. Nayla et Fibie partent à leur rencontre. Sans même nous en rendre compte, nous venions d'entrer dans le désert. Quelques centaines de mètres à pousser les vélos, puis soudain, un battement d'ailes. Une colonie entière d'oiseaux s'élève devant nous. Comme si le désert prenait soudain son envol. Hier encore, nous avions le sentiment d'entrer dans un monde presque vide. En réalité, nous commencions seulement à apprendre à le regarder. Quelques kilomètres plus loin, nous atteignons enfin les formations rocheuses que nous poursuivions depuis la veille. Leurs formes insolites donnent libre cours à l'...
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Les dernières yourtes - 250 km avant le prochain village

Deux cent cinquante kilomètres. C'est la distance qui nous sépare du prochain village. La nourriture ne nous inquiète pas. Nous pouvons emporter cinq jours de vivres pour quatre personnes. L'eau, en revanche, décide de tout. Chaque point d'eau devient une étape. Chaque étape conditionne la suivante. Il faudra arriver à temps. Le froid, étonnamment, est presque une bonne nouvelle. Les températures descendent encore à deux degrés au lever du jour. Nous consommerons moins d'eau. En revanche, le vent sera contre nous. Comme très souvent. Le vent suit son propre rythme. Nous avons simplement appris à l'écouter. Le matin, il sommeille encore. Puis, vers neuf heures, il s'éveille. Heure après heure, il gagne en puissance. Alors nous partirons tôt. Très tôt. Chaque kilomètre parcouru avant son arrivée sera un cadeau. Le véritable départ a lieu bien avant le premier coup de pédale. La traversée se prépare surtout dans la tête. Bien sûr, nous ne serons jamais complètement...

Le vent tourne : enfin, la steppe nous porte

Nous quittons le campement installé au sommet du col, sous la protection silencieuse d'un crâne de bélier. Au réveil, le vent règne déjà sur la steppe avec la même puissance que les jours précédents. Mais il a changé de camp. Pour la première fois depuis longtemps, il est dans notre dos. Il nous emporte à travers la steppe. Fibie se laisse glisser dans une longue descente. Son compteur affiche 42 km/h. — J'ai l'impression de voler ! Comme un aigle porté par les courants invisibles. À l'horizon, toujours aucune yourte. Aucun poteau électrique. Seulement l'espace. Pourtant rien n'est vide ici. Notre regard s'est habitué à chercher autre chose. Une marmotte qui siffle avant de disparaître dans son terrier. Un oiseau qui s'élance. Un aigle qui plane. Le chant du vent dans l'herbe. Avec le vent de face, ces paysages dévoilent leur austérité. Ils semblent immenses, presque capables de nous engloutir. Chaque kilomètre rappelle l'incertitude du prochain ...

Quand le monde retire ses limites

Nous atteignons un grand ovoo, un monticule de pierres dressé sur la crête. Les drapeaux bleus claquent dans le vent. Un brûleur d'encens, un crâne de cheval, une théière, quelques tasses, une bouteille de vodka vide et des os blanchis ont été déposés là en offrande pour les esprits. Je fais trois fois le tour de l'ovoo. Je ne sais pas si je me sens reliée aux esprits du vent dont parlent les Mongols. Mais une chose est certaine : cette terre porte une présence . C’est indéniable. Alors, silencieusement, je lui demande l'autorisation de passer. Car ce qui se dévoile devant nous dépasse tout ce que nous avons traversé depuis Ulaan Baatar. La terre s'étire dans toutes les directions. Pas une yourte. Pas un troupeau. Pas même un poteau électrique. Rien. Seulement l'espace. Une immensité si vaste qu'elle en devient presque vertigineuse. Comme si le monde avait soudainement retiré ses limites. Nous recevons une bouffée d’espace. Et pourtant, ce paysage n'a rien ...

La récompense derrière le col

Nous rejoignons le petit village d'Ikh Uul. Juste une étape pour refaire quelques provisions avant de poursuivre notre route. Mais en quittant le village, le vent décide qu'il a son mot à dire. Il souffle avec une telle violence que nous n'avançons presque plus. Nous franchissons un petit col où le sable forme quelques dunes inattendues, puis les montagnes arides reprennent possession du paysage. Nous choisissons alors de descendre dans la vallée. Là, une rivière reflète le bleu intense du ciel tandis qu'elle serpente au milieu d'une prairie lumineuse. Une piste attire notre regard. Nous la suivons sans trop savoir où elle mène. Elle nous conduit jusqu'à une source. Une vraie surprise. Après des jours de vent, de cols et de pistes, l'endroit ressemble à une oasis. Quelques yourtes sont installées à proximité. Nous demandons l'autorisation de planter notre tente non loin et nous nous installons pour la nuit. L'un des aspects le plus fascinant de viv...