Chaque jour, nous longeons la rivière. Chaque jour aussi, quelqu’un nous arrête pour nous prendre en photo. Et presque chaque jour, la police vérifie nos passeports. Le paysage, lui, ne cesse de changer. Nous traversons des passages arides où surgissent parfois des dunes de sable, puis des formations rocheuses rouges et ocres, striées de bandes qui dessinent des formes presque irréelles. Quelques kilomètres plus loin, le désert laisse place à un village, aux saules et aux peupliers qui offrent leur ombre, puis aux immenses champs de tournesols et de maïs. Dans les marchés, nous retrouvons les fruits. Fibie veut tout goûter. Elle compose des assiettes entières de melons, de raisins, de pêches, comme si son corps rattrapait quelque chose après le Japon, où nous avions appris à les considérer comme de petits trésors. Au milieu du marché, des hommes jouent au mah-jong. Autour d’eux, la vie continue. Les petits tricycles pétaradent, les camionnettes transportent toujours d’énormes tas d’her...
Dans un petit village à peine noté sur la carte, nous retrouvons les épiceries regorgeant de fruits et de légumes frais, les produits chinois que nous avions presque oubliés. Pattes de poule, graines de tournesol, pains plats ouïghours. Et puis il y a les regards. Au marché, dans la rue, sur la route, on nous demande de prendre des photos de nous, ou plutôt on ne ne demande pas. Les voitures s’arrêtent parfois pour que toute la famille puisse immortaliser l'instant avec nous. Nous sommes devenus, sans vraiment le chercher, une petite curiosité locale. Nous descendons encore en altitude et entrons dans le désert de Gurbantünggüt, au nord du Xinjiang. À nouveau, le monde s’ouvre. Nu et torride. Une route principale traverse le désert. Une autre, plus petite, longe la rivière, mais ajoute cent cinquante kilomètres. Nous n’hésitons pas longtemps. Nous suivons l’eau. La route s’étire entre deux lignes de peupliers irrigués. Derrière eux, de vastes espaces nus. Des ruches apparaissent r...